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    9 février 2021

    Libres dans leur tête de Stéphanie Castillo-Soler

    Libres dans leur tête de Stéphanie Castillo-Soler

    Stéphanie Castillo-Soler a publié son roman Libres dans leur tête après avoir gagné le concours Librinova. Ce court roman respecte donc le thème imposé du huis clos. Cette jeune autrice en est donc à son premier roman, prometteur dans l'ensemble, et je la remercie personnellement de m'avoir permis de lire son livre.

    Résumé de Libres dans leur tête

    Romain est emprisonné pour avoir participé à un cambriolage qui a mal tourné. Lui et ses camarades avaient besoin d'argent ; ils ont donc décidé de voler l'argent d'une vieille dame partie faire ses courses. Seulement voilà le drame : elle est rentrée en avance et l'un d'entre eux, pris de frayeur, frappe violemment la femme qui meurt sur le coup. S'en suivent alors de longs mois en cellule avec un codétenu, Laurent, ayant commis un meurtre. C'était un dealer qui lui a cherché les poux et il a beau avoir des remords, il ne regrette pas son geste. Mais au fur et à mesure de leur emprisonnement, les deux jeunes gens d'environ 23 ans vont se découvrir et trouver un nouveau sens à leur vie. Qui a dit que la prison ne pouvait pas avoir quelques bienfaits ?

    Un milieu très noir et assez méconnu : la prison

    Le roman se déroule dans un milieu carcéral où la crasse est le lot commun des incarcérés. C'est un lieu dangereux qu'il vaut mieux éviter, mais parfois un accident y emmène certains hommes. Ils doivent alors purger leur peine dans des conditions parfois déplorables. Quelques conforts sont parfois accessibles mais toujours assez limités. Stéphanie Castillo-Soler réussit tout de même un tour de force en présentant un tableau psychologique de deux personnages que pourtant tout semble opposer : Romain et Laurent. Pourtant, certaines choses les rassemblent, comme le manque d'une mère et un manque de repère parental en général.

    Chacun des personnages trouve une raison de progresser et de ne pas rester là, dans une situation inconfortable. Au lieu de se décourager, ils puisent dans la littérature, dans une correspondance et dans le travail les valeurs nécessaires à la progression des personnages. Une réflexion est menée sur les besoins essentiels de ces hommes, le sentiment de culpabilité, ce que la vie de l'extérieur pourrait leur offrir ou leur retirer. Ils apprennent aussi à passer outre les préjugés et à développer leur sens commun. Ce livre est un roman d'espoir pour les jeunes perdus dans leurs vies en quête d'un meilleur avenir.

    Une histoire de prison très (trop ?) optimiste

    Avec ce roman, on sort de l'habituelle vision très sombre et dangereuse de la prison. On rencontre des personnes comme vous et moi qui ont fini là sous le coup d'un désœuvrement ou pour avoir protégé un proche. Ce sont les accidents du quotidien qui deviennent dramatiques. Plutôt que de considérer ces êtres humains comme dangereux, S. Castillo-Soler réhumanise, dans son livre, ces personnages qui sont vite catégorisés et rejetés d'une société dite "bien pensante". Pourtant, ces personnages n'ont fait qu'un mauvais pas. La prison est donc une transition pour eux, l'occasion de se reprendre en main et de mieux apprendre à se connaître soi-même.

    Dans le cas de Laurent et de Romain, la prison est une seconde chance et un nouveau départ. Ils y arrivent à un virage de leur vie qui s'annonçait serré et cette transition est une vraie chance. Au-delà d'une amitié solide et intense qui se crée, d'une culture et d'un recul qui se développent, c'est une vie en dehors qui les attend. Chacun retrouve ses repères et en constitue de nouveaux pour une vie tout à fait nouvelle. La fin du roman est d'ailleurs très fleur bleue, on passe un bon moment sans avoir à s'inquiéter de la suite. Et bien que certaines scènes soient très prévisibles, on a tout de même plaisir à lire l'histoire et la plume de l'autrice.

    En conclusion

    Je pense que ce roman est un bon premier roman et j'espère avoir l'occasion de lire à nouveau l'autrice. L'absence de contrainte en termes de pages permettra probablement à l'autrice de développer plus longuement les aspects psychologiques de ses personnages et les analyses qu'elle nous offre. Ce sont les points forts de son œuvre, à mon sens, et un développement plus long pourrait sortir rapidement les personnages de ce traitement un peu caricatural (par moments) du méchant qui est en fait bon.

    Dans tous les cas, il me semble que cette décision était un choix respectable. Sans tirer dans la noirceur et un tableau trop fantasmé de la prison, il aurait tout de même peut-être été possible de trouver un plus juste milieu. Peut-être que ce juste milieu aurait été possible si certains prisonniers étaient un peu plus séparés selon la gravité du crime et donc selon les mœurs. Pas que Laurent et Romain ne puissent pas se retrouver dans une même cellule, mais être aussi proche et sortir aux mêmes heures que des personnes aux actes criminels faciles. Ici les deux tableaux (un très noir et un autre plus fleur bleu) sont tous les deux évoqués mais l'un plus que l'autre et les deux ne se mêlent jamais tout à fait. Le tableau noir correspond aux gros durs des prisons qui font régner leurs lois, leurs violences et ne sont pas "fréquentables", le second est plus proche d'une prison idéaliste, qui fait réfléchir et améliore l'humain. Le noir empiète d'ailleurs avec candeur dans certaines scènes comme lors des excuses suite à un incident artistique… C'est donc un petit regret, qui m'a parfois un peu gêné mais ça n'enlève en rien la qualité de ce premier roman et de l'écriture de cette autrice au langage riche.

    Citations

    Romain arrive en prison. Les choses n’auraient jamais dû en arriver là, mais une vieille femme est morte… et il doit payer. Il va partager sa cellule avec Laurent, inculpé pour l’homicide d’un dealer. En même temps qu’ils vont apprendre à se connaître, les deux garçons vont découvrir ensemble les codes de l’univers carcéral.
    L'écriture n'y sera plus présentée comme un outil purement administratif mais, tout comme la parole, un exutoire permettant de libérer sa pensée faute de pouvoir libérer son corps.
    En prison plus qu’ailleurs, la lecture est une activité nécessaire, l’unique moyen de susciter la représentation d’objets, de paysages, de personnes absentes de l’univers carcéral. Les livres sont porteurs de rêves, de messages, d’évasion. Ils permettent de chasser l’ennui, comblent le vide, procurent aux détenus un ersatz de liberté. L’état des livres témoigne du nombre de fois où ils ont été empruntés, pendant quelques semaines fidèles compagnons de cellule de l’un ou de l’autre.
    Je sais ce que tu en penses, mais je dirais que la vie est un peu comme une partie de petits chevaux ou de Monopoly : parfois on avance et parfois on est obligé de tout recommencer à zéro, mais ça veut pas dire que la partie est terminée.

    Si ce livre vous intéresse :

    Sinon...

    Né d’aucune femme de Franck Bouysse - Culture Livresque
    Il faut le savoir : Né d’aucune femme de Franck Bouysse n’est pas pour tous les publics. Il explore des scènes de violence qui tourne autour de l’horreur. Mais il détient une poésie profonde...
    Sur le modèle du huis clos, beaucoup plus sombre, vous pouvez lire Né d'aucune femme de Franck Bouysse.