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    Qu'est-ce que le roman noir ?

    Qu'est-ce que le roman noir ?

    Le roman noir fait partie de la grande famille des romans policiers, à suspens, des thrillers, etc. Pourtant, si tous ces genres existent, chacun possède ses propres caractéristiques. Ce genre très particulier est définissable principalement par son traitement du crime plus que par la mise en avant d'une enquête.

    Histoire et définition théorique du roman noir

    L'histoire du roman noir

    L’histoire du roman noir est assez complexe. Il prend ses origines dans le roman policier. Gilles Menegaldo explique dans son article publié dans l’Encyclopaedia Universalis [1] que :

    Ce courant littéraire baptisé « roman noir », « roman terrifiant » ou « roman gothique » naît durant la période néoclassique et se développe à l’époque romantique, dans le contexte de la Révolution française.

    Si « roman gothique » était considéré comme un synonyme de « roman noir », ce n’est plus tout à fait le cas en France. Si aujourd'hui, le roman gothique emploie des éléments surnaturels et ne s’embarrasse pas de la réalité (comme La Fôret d'Ann Radcliff, la grande figure du roman gothique), il est bien le point de départ du roman noir. Pourtant, ce qui se dégage des multiples définitions que nous pouvons trouver du roman noir, c’est l’idée d’une évolution depuis le roman gothique jusqu’au roman noir.

    Définition de ce qu'est le genre du roman noir

    L'évolution du roman gothique en roman noir permet la distinction de deux catégories littéraires différentes. Le roman gothique s’est beaucoup développé en Angleterre, notamment grâce aux romans d’Ann Radcliff ; mais en France, il s’est étendu pour former un autre sous-genre du roman policier : le roman noir, dont la définition a beaucoup changé. Il se définit différemment au fil du temps. Pour en comprendre le sens qu’on lui donne actuellement, nous pouvons citer la définition du roman noir selon Anissa Belhadjin [2] :

    Le roman noir est aujourd’hui considéré comme un sous-genre de l’ensemble policier, au même titre que le roman d’énigme et le roman à suspense. Tous trois se caractérisent par une histoire fondée sur une transgression criminelle, un meurtre le plus souvent ; et l’intrigue des romans noirs contemporains est fréquemment fondée : sur un crime ou un délit, ayant un rapport avec l’expression d’un trouble, social le plus souvent.

    Cette définition dévoile plusieurs éléments dont l’importance de la critique sociale et de la transgression criminelle. Le roman noir prend donc appui sur le réel et n’exploite plus d’éléments dans le surnaturel.

    Se défaire de l'idée d'une enquête en lisant un roman noir

    Mettre en avant la généalogie du crime plutôt que l'enquête

    La seconde partie de la définition donnée par Anissa Belhadjin montre deux choses : les auteurs ne cherchent plus seulement à écrire des crimes et à produire des enquêtes, et ce qui les intéresse, c’est la généalogie du crime, ses origines et la façon dont elle peut servir à dénoncer un fait de société. Véronique Desnain [3] explique que :

    La part de détection est souvent réduite au minimum dans ces romans, où le détective n’est plus que très rarement l’avatar du lecteur, qui loin de résoudre une énigme, suit fréquemment le déroulement du crime « en direct ». La surprise de la révélation finale est remplacée par le suspense et par la nécessité de comprendre les causes profondes de l’apparition même du crime.

    Le sujet même du roman noir diffère du genre policier, le détective et l’enquête ne sont plus placés au premier plan. Ce sont les éléments du crime et la façon d’y arriver qui portent le suspens. Le crime est offert aux yeux du personnage spectateur et du lecteur.

    L'impact du fait divers sur le lecteur

    Natacha Levet [4] explique que, dans le roman noir :

    [l]a référence littérale est capitale, elle est un élément à part entière du récit. Nous ne sommes pas en présence de « petits faits vrais ». Les auteurs de roman noir travaillent avec des documents, des témoignages, et s'inspirent évidemment des faits divers.

    L’enquête devient historique plutôt que criminelle. Et pour que l’histoire racontée ait de l’impact sur le lecteur, il est préférable qu’elle porte sur un fait divers afin que la personne en quête de véracité puisse le retrouver. L’utilisation des faits divers dans la littérature, notamment dans les romans policiers, est un procédé en vogue depuis le XIXe siècle. Pourtant, il prend un nouveau sens dans le roman noir. Il sert de base à la création romanesque, certes, mais il permet surtout de faire la critique d’un état de la société, encore actuel ou dans un temps proche.

    Caractéristiques formelles du roman noir

    Les caractéristiques propres au roman noir

    Nous pouvons, grâce à Anissa Belhjadjin [2], dégager plusieurs caractéristiques du roman et les attentes du lecteur vis-à-vis du roman noir :

    Concernant le roman noir, son lecteur s’attend à une intrigue fondée sur une transgression criminelle qui remet en cause l’ordre social. Or, ces attentes sont souvent déjouées – ou masquées – à cause de l’hétérogénéité qui s’y manifeste : le roman est, avant tout, hétérogène, et le sens global doit en être recomposé, parfois à la toute fin du roman seulement, pour que le lecteur identifie enfin « son » genre.
    Ces conséquences de l’hétérogénéité ont ceci de particulier qu’elles se manifestent à toutes les échelles. Ainsi, la plupart des romans noirs sont, d’un point de vue textuel, essentiellement dialogiques et polyphoniques.

    Elle complète l’idée d’une hétérogénéité et en expliquant, sur le plan formel, ce que cela peut donner comme résultat. Le roman noir explore des voies différentes de celles du roman policier entendu comme un roman d’enquête.

    Le rôle du personnage dans la compréhension du roman

    Selon Anissa Belhadjin, "La plupart des romans noirs actuels sont polyphoniques". Cela signifie que plusieurs personnages ont leur rôle à jouer sans que les chapitres qui leur sont destinés ne puissent être décloisonnés. Pourtant, le lecteur doit se contenter du point de vue des personnages, qu'ils détiennent ou non la vérité.

    Le narrateur s’efface pour laisser la parole aux personnages, il se rapproche du style dit « blanc », « neutre » pour laisser au lecteur le choix de sa lecture et de son interprétation. Le narrateur n’a plus pour fonction d’assister le lecteur dans sa compréhension du roman ni d’expliquer les faits. Ce sont les personnages qui agissent et qui sont maîtres de se justifier ou non, ils sont alors subjectivés et parfois politisés.

    Les enjeux littéraires du roman noir

    Narrer un crime pour en faire une critique sociale

    Raconter et écrire un crime peut avoir un intérêt autre que stylistique et littéraire. Ce dernier peut prendre une dimension politique et ainsi devenir engagé. Anissa Belhadjin explique que le genre du noir est pourvu de toute une dimension sociale et politique dans son article [2] :

    Le genre noir est donc le genre privilégié de l’expression de la critique sociale, et est considéré comme étant, par essence, une littérature du réel, voire une littérature de la dénonciation.

    Elle présente le genre du roman noir comme une littérature militante puisqu’elle dénonce. Ce n’est plus un récit policier pour découvrir une enquête, mais un engagement social de l’auteur. Véronique Desnain semble en accord avec la définition de A. Belhadjin et y ajoute une information sur la réflexion des auteurs : « le roman noir et sa version française post-soixante-huitarde, le néo-polar, mettent bien au contraire l’énigme au second plan, au profit d’une réflexion sur les origines même du crime, qu’ils placent fermement dans un contexte social et politique. ».

    La dimension politique et idéologique du roman noir

    Véronique Desnain ajoute également, dans son article "Le polar, du fait divers au fait d’histoire" [5], que :

    Or dans ses formes plus modernes, le polar ou le roman noir, le policier a acquis une dimension politique ou idéologique : l’individu criminel devient un simple vecteur narratif dont la fonction est de révéler une réalité plus large et dont les actions sont présentées comme les conséquences directes d’un système pervers ou perverti. Ce dernier devant cacher ou manipuler la réalité des faits pour assurer sa survie, le polar devient une investigation, non plus d’un crime distinct, mais d’un mode de fonctionnement basé sur la dissimulation et aurait pour mission de fournir une narration à contre-courant du discours officiel afin de rétablir une vérité sciemment dissimulée.

    Le roman noir est donc un roman engagé politiquement et/ou idéologiquement. Le nouvel élément de définition intéressant dans cette citation est l’idée d’un système perverti qui « cache » et « manipule » la réalité d’un fait. Le roman n’aurait plus pour fonction de raconter des histoires mais d’expliquer une histoire réelle à partir d’un simple fait pour dénoncer une action masquée par la société.

    Bibliographie autour du roman noir :

    Un exemple de roman noir :

    Né d’aucune femme de Franck Bouysse - Culture Livresque
    Il faut le savoir : Né d’aucune femme de Franck Bouysse n’est pas pour tous les publics. Il explore des scènes de violence qui tourne autour de l’horreur. Mais il détient une poésie profonde...

    Pour poursuivre sa réflexion :

    Qu’est-ce que l’autofiction ? - Culture Livresque
    Qu’est-ce que l’autofiction ? Gérard Genette la qualifiait de « prothèse boiteuse », à tort ou à raison ? L’auto, c’est soi-même, la fiction, c’est l’irréel. Déjà, nous sentons la tension entre la fiction et la non-fiction...