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    30 août 2022

    Analyse de L'école des femmes de Molière

    Analyse de L'école des femmes de Molière

    L’école des femmes est la huitième pièce de Molière. Comédie en vers de cinq actes, elle est jouée pour la première fois en 1662. C'est l'histoire d'un homme terrorisé par le cocuage qui décide donc d'épouser une sotte. Et comme toujours, l'histoire ne se déroule pas comme prévu...

    L’intrigue au cœur de L’école des femmes

    Cette huitième pièce de Molière met en scène l’histoire d’un homme dont la plus grande crainte est de devenir cocu. Il s’agit d’Arnolphe, un bourgeois quadragénaire qui a deux marottes dans la vie : railler les maris complaisants et cocus et s’élever au-dessus de son rang. En ce qui concerne son élévation sociale, cela se fait par son nouveau patronyme : M. de la Souche. Pour ce qui est de ne surtout pas devenir cocu, Arnolphe a mis au point une stratégie qui lui semble imparable.

    Douze ans plus tôt, il a offert une forte somme d’argent à une paysanne pour qu’elle lui confie sa fille de quatre ans, Agnès. Sous le charme de cette petite fille, Arnolphe l’a confié à un couvent pour qu’elle ne soit surtout pas instruite. En effet, la stratégie de ce dernier pour ne point devenir cocu est la suivante : épouser une sotte, une imbécile sans éducation. Selon lui, une femme savante est dangereuse pour son mari car elle sera courtisée et courtisera de sa propre initiative.

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    Les sources littéraires de Molière : une nouvelle et un recueil de contes

    Deux ouvrages contemporains ont alimenté l’écriture de Molière pour cette comédie. Tout d’abord, Les Facétieuses nuits de Straparole, un recueil de contes paru vers 1560 sur le modèle du Décaméron de Boccace. Le dramaturge français y emprunte l’idée des confidences du jeune amoureux transi au mari trompé.

    Puis, La Précaution inutile de Scarron, une nouvelle publiée en 1655. Ce dernier tire lui-même cette histoire de Dona Maria de Zayas. L’histoire met en scène Dom Pedre qui prend pour épouse une jeune femme abandonnée le jour de sa naissance et qu’il a fait élever au couvent. Alors qu’il doit s’absenter, son épouse reçoit la visite d’un galant qui l’instruit des choses de l’Amour. La leçon de cette histoire est "qu’une spirituelle peut être une honnête femme d’elle-même, et qu’une sotte ne le peut être sans les secours d’autrui, et sans être bien conduite."

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    Les thèmes de la pièce L’école des Femmes

    Parmi les différents thèmes abordés dans cette pièce, nous allons nous attarder un instant sur deux d’entre eux : l’amour et l’éducation des femmes.

    L’amour : trois facettes, trois personnages

    À travers cette pièce, Molière nous propose trois approches de l’Amour avec les trois personnages principaux.

    • Agnès est l’amour ingénu. Dans l’ignorance et l’innocence de l’amour charnel, elle tombe immédiatement sous le charme d’Horace. Naïve, elle raconte tout à Arnolphe sans prendre conscience de la portée de ses révélations… L’Amour ne la transforme pas en amoureuse transie mais lui donne la force de s’affranchir malgré la peur d’Arnolphe et la découverte de sa propre sottise. L'Amour est donc littéralement l'école des femmes. C'est lui qui enseigne à Agnès ce qu'elle doit savoir pour quitter l'emprise d'Arnolphe.
    • Horace est l’amour romanesque. Il pourrait complètement se jouer d’Agnès. Au début, il est présenté comme un galant qui s’est entiché d’une nouvelle amourette. Le lecteur peut craindre pour Agnès qui par sa naïveté croit toutes les belles paroles du premier "blondin" venu. Mais on découvre au fur et à mesure qu’Horace est réellement amoureux et prêt à tout pour elle. Ainsi, le mariage final est mérité et récompense sa bonne conduite amoureuse. Son histoire d’amour comporte toutes les étapes d’une bonne trame romanesque : enlèvement de sa belle à son bourreau, le père qui vient contrarier ses plans amoureux, la trahison de l’ami-confident et l’heureuse résolution de l’intrigue.
    • Arnolphe est le jaloux ridiculisé. On peut se demander au début s’il aime vraiment Agnès ou l’idée de ne pas être cocu. Mais la possibilité de perdre sa pupille lui faire prendre conscience qu’il l’aime réellement. Ce qui permet à sa jalousie de s’exprimer librement et avec éclat jusqu’à en être parfaitement ridicule. C’est pourquoi Arnolphe ne peut pas avoir de fin heureuse. Son amour trop excessif se mutant en jalousie possessive ne peut pas être récompensé par un mariage. Il attend d’Agnès qu’elle l’aime mais lui s’amuse de sa naïveté (dont il est responsable). Il ne s’inquiète pas de ce qu’elle peut ressentir sincèrement. Agnès est sa propriété qu’il doit protéger pour ne pas se la faire voler. Même en parlant de mariage, Arnolphe reste dans le rôle de tuteur : il n’est pas question d’amour mais de leçon, d’arrangement et d’honneur à être son épouse.

    L’éducation des filles au XVIIe siècle

    L’éducation des filles est quasiment inexistante d’un point de vue intellectuel (sauf pour les filles des classes nobles). Les jeunes filles ont une seule destinée : devenir des épouses et des mères. Toute leur éducation tourne autour de ce double devoir mère-épouse et ne permet pas la pensée critique, l’émancipation intellectuelle, la réflexion, etc. Tout est fait pour préserver la vertu de ces femmes : l’époque leur prête une faiblesse de nature qui les pousserait inévitablement vers le vice et le péché. Ce à quoi leur éducation, aidée par la religion, doit les en empêcher.

    Cependant, dès les XVIe, quelques penseurs commencent à soulever l’idée d’une éducation plus poussée pour les filles. Castiglione, Érasme ou encore Montaigne proposent des disciplines comme la danse, la peinture, la poésie ou encore l’Histoire pour l’éducation des filles (toujours des classes nobles et éventuellement bourgeoises). Au XVIIe, des ordres religieux pour l’éducation des filles voient le jour. Le but n’est pas d’en faire des femmes savantes mais de leur prodiguer l’éducation nécessaire et de qualité à leur rôle d’épouse et de mères. On peut citer l’ordre des Ursulines ou encore la Maison roule de Saint-Louis à Saint-Cyr par Mme de Maintenon. Grâce à l’essor des salons, les femmes des classes supérieures acquièrent une solide réputation dans toute l’Europe. Malgré cela, les femmes savantes sont surtout un sujet phare des satires et peu d’intellectuels soutiennent l’égalité d’éducation des filles et des garçons.

    💡
    Une portée féministe dans la pièce de Molière ?
    Avec nos yeux actuels, on peut voir une portée féministe modérée dans cette pièce. Molière reste un homme de son temps, avec des idées nouvelles certes, mais il n’est pas question de renverser l’ordre social. La domination masculine – et son excès surtout – est questionnée, mais pas remise en cause.
    En effet, Agnès ne parvient à se libérer d’Arnolphe que grâce à un autre homme, Horace, et à la bénédiction de deux figures paternelles qui font autorité. C’est surtout le problème du mariage forcé, thème récurrent chez Molière, qui est raillé ici.

    La querelle autour de L’école des femmes

    La huitième pièce de Molière qui est un succès dès le premier soir a déchaîné les passions. Gens de la noblesse que se sentent personnellement visés, écrivains de tragédies de l’Hôtel de Bourgogne ou encore dévots de la Compagnie du Saint-Sacrement... Beaucoup de personnes tombent sur Molière et sa nouvelle œuvre. Ces attaques sont aujourd’hui connues sous le nom de "la querelle de l’Ecole des femmes". Mais que reproche-t-on exactement à Molière ? La critique littéraire a regroupé toute cette agitation en quatre grands chefs d’accusation :

    • le manque d’originalité, voire le plagiat (cf. "Les sources littéraires de Molière") ;
    • les invraisemblances, avec en vrac : le lieu de l’action qui se situe sur une place publique et non dans un lieu secret, privé qui permettrait les confidences ; le fait qu’Horace se confie systématiquement à Arnolphe sans se rendre compte de son erreur ; le lancer de pavé d’Agnès ou encore la lettre trop bien rédigée pour une sotte ; l’évolution du caractère des personnages, etc. ;
    • l’offense aux "saints mystères" de la religion ;
    • les offenses et heurts que subit la morale avec toutes les allusions plus ou moins grivoises.

    La querelle prend une telle ampleur que Louis XIV apporte publiquement son soutien à Molière mais sans que cela ne calme les adversaires. Ces derniers iront jusqu’à attaquer le comédien sur sa vie privée, notamment sur son mariage avec Armande Béjart de vingt ans sa cadette. En réponse à ces détracteurs, Molière présente en 1663 deux pièces : La Critique de l’Ecole des femmes et L’impromptu de Versailles où des gens de bonnes conditions débattent sur la pièce.

    Surtout, la querelle de L’école des femmes marque le début des attaques répétées contre Molière qui va aller toujours plus loin dans la satire des mœurs et caractères de son temps. En effet, en 1664 Molière signe Le Tartuffe et Dom Juan l’année suivante, deux pièces qui lui vaudront des multiples et répétées attaques.

    Le cocuage : clé du comique et de la satire

    La grande inspiration en général de Molière pour ses sujets et ses ressorts comiques sont dans les contes et les farces. C’est ici aussi le cas et la critique a mis en avant trois thèmes classiques :la précaution inutile qui ne permet pas de se prémunir du cocuage ; le railleur qui soutient soi-disant les entreprises galantes du jeune séducteur qui finissent par se retourner contre lui ; l’étourdi trop bavard car emporté par sa passion amoureuse ou par vantardise se trouve à tout raconter au mari cocu.

    Évidemment, le cœur du comique dans cette pièce est le thème du cocuage. La situation initiale au dénouement, tout tourne autour de cela :

    • le nom même d’Arnolphe, provenant de saint Arnolphe ou Arnoult ou encore Arnoul des Yvelines, le patron des maris complaisants (donc cocus) ;
    • le moqueur des cocus qui prend toutes les précautions du monde pour devenir cocu sans même être marié (!) ;
    • la naïveté d’Agnès, gage de la tranquillité d’esprit d’Arnolphe finit par le mener à sa perte et au ridicule ;
    • le retournement de situation du premier acte : on attend d’Horace une histoire croustillante pour finalement apprendre qu’il est l’incarnation de la plus grande peur d’Arnolphe ;
    • la vanité et l’aveuglement couplés à sa jalousie rendent Arnolphe ridicule aux yeux de tous ;
    • Alain et Georgette, les domestiques, qui malgré leur simplicité voient Arnolphe comme il l’est réellement et se moquent de lui sans qu’il ne le comprenne.

    On retrouve ce thème du cocu dans La Jalousie du Barbouillé, une farce à la date inconnue, qui servira de base à George Dandin en 1668. On compte également Sganarelle ou le cocu imaginaire de 1660 et L’Ecole des maris de 1661. Dans Sganarelle, Gorgibus prône l’autoritarisme du père pour l’éducation des filles (comme Arnolphe) et Sganarelle encourage à accepter le cocuage (comme Chrysalde). Dans L’école des maris, deux frères sont chargés d’élever deux petites filles et de leur trouver un mari ou de les épouser. Le premier va élever sa pupille dans une liberté d’action totale alors que le cadet applique la méthode d’Arnolphe.

    Citations

    ARNOLPHE :
    En femme, comme en tout, je veux suivre ma mode.
    Je me vois riche assez pour pouvoir, que je crois,
    Choisir une moitié qui tienne tout de moi,
    Et de qui la soumise et pleine dépendance
    N’ait à me reprocher aucun bien ni naissance.
    Un air doux et posé, parmi d’autres enfants,
    M’inspira de l’amour pour elle dès quatre ans ;
    Sa mère se trouvant de pauvreté pressée,
    De la lui demander il me vint la pensée ;
    Et la bonne paysanne, apprenant mon désir,
    A s’ôter cette charge eut beaucoup de plaisir.
    Dans un petit couvent, loin de toute pratique,
    Je la fis élever sous ma politique,
    C’est-à-dire ordonnant quels soins on emploierait
    Pour la rendre idiote autant qu’il se pourrait.
    Dieu merci, le succès a suivi mon attente ;
    Et grande, je l’ai vue à tel point innocente,
    Que j’ai béni le Ciel d’avoir trouvé mon fait,
    Pour me faire une femme au gré de mon souhait.
    ARNOLPHE, (III, 2, v.699-712)
    Votre sexe n’est là que là que pour la dépendance :
    Du côté de la barbe est la toute-puissance.
    Bien qu’on soit deux moitiés de la société,
    L’une est moitié suprême et l’autre subalterne ;
    L’une en tout est soumise à l’autre qui gouverne ;
    Et ce que le soldat, dans son devoir instruit,
    Montre d’obéissance au chef qui le conduit,
    Le valet à son maître, un enfant à son père,
    A son supérieur le moindre petit Frère,
    N’approche point encor de la docilité,
    Et de l’obéissance, et de l’humilité,
    Et du profond respect, où la femme doit être
    Pour son mari, son chef, son seigneur et son maître.
    L'école des femmes, Molière, Acte I,1 v.123-142.

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