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    11 août 2020

    L'Homme qui rit de Victor Hugo

    L'Homme qui rit de Victor Hugo

    En plein exil à Guernesey, Victor Hugo publie en 1869 L’Homme qui rit. Ce roman sombre et baroque raconte la vie d’un jeune garçon enlevé « par ordre du Roi » afin d’être défiguré par un sourire éternel.

    Résumé

    L’Homme qui rit est l’histoire de Gwynplaine, un garçon de dix ans abandonné sur une plage anglaise alors qu’une tempête approche. La particularité de cet enfant est qu’il est défiguré : un immense gouffre lui servant de sourire traverse son visage d’une oreille à l’autre. Dans son malheur, il recueille Dea, une petite fille aveugle d’un an. Par la suite, il croise la route de Ursus, un misanthrope, et de Homo, son loup, qui à leur tour prendront ces deux pauvres enfants sous leurs ailes. À eux quatre, ils forment une troupe de saltimbanques, connus sous le nom "Green box,", parcourant l’Angleterre. Un jour, Ursus décide d’amener son clan à Londres pour représenter Chaos vaincu, leur pièce de théâtre. Cependant, la véritable identité de Gwynplaine le rattrape et les choses ne font qu’empirer.

    Mon avis

    J’ai vraiment apprécié la lecture de ce roman. Hugo parvient à nous transporter dans l'univers sombre du règne de la reine Ann à travers ses descriptions. Je retiens particulièrement les chapitres maritimes relatant la fin des comprachicos, ainsi que les portraits. Si j'ai aimé ceux d'Ursus et Homo, j’ai particulièrement adoré les portraits des antagonistes, et encore plus celui de la rein Ann, pour lequel Hugo a visiblement pris plaisir à peindre la pire reine que la Terre n’aie jamais porté : « Elle était perpétuellement en transpiration de mauvaise humeur ; elle n’exprimait pas sa pensée, elle l’exsudait. Il y avait du sphinx dans cette oie. »

    Cependant, je reste un peu sur ma faim. Hugo propose énormément de digressions servant la méditation sur les thèmes qu’il évoque, ce qui laisse finalement, à mon goût, peu de place à l’intrigue et aux personnages. On croise très peu les antagonistes qui promettaient d’être abjectes au possible. Même si les thèmes proposés pour la réflexion sont intéressants et font partie des grands chevaux de batailles d’Hugo, je suis un peu déçue car j’ai eu l’impression d’attendre sans cesse une histoire qui n’est jamais arrivée. Mais malgré cela, j’avais très envie de lire les pages suivantes pour savoir comment les événements allaient se dérouler.

    Thèmes abordés

    J’ai parcouru plusieurs critiques avant de lire L’Homme qui rit, ainsi que des articles plus poussés par l’avoir fini. Je ne prétends pas mener une analyse complète, mais simplement évoqué les thèmes pour lesquels il me semble intéressant d'avoir un œil attentif lors de la lecture. Un élément est régulièrement revenu : ce roman est un roman baroque et méditatif. Je partage cette observation. Hugo est connu pour vouloir un lecteur actif. La lecture de ses oeuvres doit amener ce fameux lecteur à s'interroger sur le monde. Dans L'Homme qui rit, les digressions qui peuvent freiner la lecture servent à retarder l’intrigue pour ménager la méditation sur les thèmes qu’Hugo souhaite soumettre à la réflexion de son lecteur.

    Parmi les thèmes proposés à la réflexion du lecteur, la misère sociale, thème cher à Hugo, occupe une place importante. L’écrivain a séjourné momentanément à Londres et a été horrifié par la misère londonienne. Et même si l'espoir et le bonheur semble un temps permis à Gwynplaine et sa famille, la misère revient en force pour se heurter la richesse de la classe dirigeante. De plus, la réflexion pessimiste sur la politique double celle sur la misère. Le long, très long, discours de Gwynplaine à la Chambre des Lords où il prend la parole au nom du peuple réunit les thèmes de la parole meurtrie ne parvenant pas à se faire entendre, du rire devenu une arme, de la misère trop longtemps acceptée par le peuple qui ne peut plus s’en défaire, et celui de la classe dirigeante devenue cruelle car elle s’ennuie. Si vous lisez attentivement ce roman, vous pourrez également constater que Gwynplaine n’est pas le seul « homme qui rit ». Des morts, des presque-morts, des gens du bas peuple apparaissent tout au long, avec des rires, des sourires, des grimaces rappelant la cruauté du monde et le crime fondateur de ce roman.

    La qualification de « baroque » dans les articles que j’ai pu lire se fonde notamment sur les oppositions binaires qui construisent le roman. Le roman est divisé en deux parties séparées de quinze ans : l’enfance et l’âge adulte de Gwynplaine. La mer s'oppose à la Terre, l'Homme est la fois opposé et rapproché de l'Animal. La province où le bonheur du monstre était permis laisse sa place pour la capitale anglaise où la joie comme les personnages seront détruits. Les personnages sont également des constructions extrêmes faites pour s’opposer. Par exemple, Dea, jeune fille aveugle et symbole de la beauté désincarnée, s’oppose à la duchesse Josiane, représentation de la Femme charnelle ayant volontairement choisi d’être satanique. Ces oppositions très marquées servent évidemment la réflexion, notamment sur les thèmes du destin et de Dieu, ainsi que sur celui de la Femme et du désir amoureux.

    L'Homme qui rit est donc plutôt un roman amenant la réflexion sur des thèmes importants pour Hugo, dont certains sont encore d'actualité. Finalement, alors que je m'attendais à une histoire riche en rebondissements, ce sont les digressions et la construction des oppositions qui font l'intérêt de la lecture.

    Citations

    Ce que l’enfant avait devant lui était une chose dont on avait soin. Cet homme était évidemment précieux. On n’avait pas tenu à le garder vivant, mais on tenait à le conserver mort. […] C’était un usage immémorial en Angleterre de goudronner les contrebandiers. On les pendait au bord de la mer, on les enduisait de bitume, et on les laissait accrochés ; les exemples veulent le plein air, et les exemples goudronnés se conservent mieux. Ce goudron était de l’humanité. On pouvait de cette manière renouveler les pendus moins souvent.
    C’est en riant que Gwynplaine faisait rire. Et pourtant il ne riait pas. Sa face riait, sa pensée non. L’espèce de visage inouï que le hasard ou une industrie bizarrement spéciale lui avait façonné, riait tout seul. Gwynplaine ne s’en mêlait pas. Le dehors ne dépendait pas du dedans. Ce rire qu’il n’avait point mis sur son front, sur ses joues, sur ses sourcils, sur sa bouche, il ne pouvait l’en ôter.

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