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    4 août 2020

    Le bateau qui ne voulait pas flotter de F. Mowat

    Le bateau qui ne voulait pas flotter de F. Mowat

    Le bateau qui ne voulait pas flotter est considéré comme un classique de la littérature maritime. Il est vrai que tout matelot lisant ce roman se sentira rassuré sur son bateau ! Farley Mowat y raconte ses voyages de manière amusante et chaque page est un bonheur de lecture. Mais ce roman peint également le tableau de villageois bienveillants et marins dans l'âme ainsi que les dangers d'une navigation.

    Résumé

    Comment résumer Le bateau qui ne voulait pas flotter ? Tout est dans le titre. Mais pour être un peu plus précise, c'est l'histoire vraie de Farley Mowat qui achète un bateau en pleine nuit et à rabais sans vraiment l'avoir vu. A partir de là, il décide de faire un voyage, mais une remise en état est nécessaire. Malgré tous les bons soins apportés à la goélette Fleur de Passion, elle le conduit de déconvenue en déconvenue et il faudra de longues années à Farley pour atteindre ses objectifs de voyage.

    La goélette est personnifiée

    Il y manquait quelque chose, et ce quelque chose était ma goélette. Elle aurait dû être ancrée dans le port, à mes pieds, roulant doucement sur son mouillage, alerte et pimpante, attendant comme une fiancée l'arrivée de l'élu. L'élu était là, mais il n'y avait pas trace de la fiancée.

    La goélette est la grande héroïne capricieuse de cette histoire et elle n'est plus simplement une embarcation. Elle devient un être à part entière qu'on soigne et même un vieil enfant à éduquer malgré sa crise d'adolescence. Il faut parler à la goélette, lui exprimer ce qu'on veut, la convaincre de partir vers l'Ouest et lui rappeler qu'elle est bien traitée. Mais finalement, elle n'en fait qu'à sa tête, et le plus comique dans cette histoire, c'est qu'on l'apprécie, cette indocile goélette !

    Fleur de passion doit être la fiancée à qui l'on se marie, dont on prend soin et qui a ses envies propres. Cette charmante goélette a d'ailleurs une attirance natale qui la pousse à se loger près des usines à poisson, juste là où les tuyaux de vidage lui chatouille le bois. Elle semble également avoir une aversion pour l'Ouest et la mater n'est pas chose aisée. Mais elle trouve sa place et fini par faire partie de la famille qui se compose en tournant les pages...

    Le passage du carnet de bord en un roman

    Ce roman est la retranscription d'un journal de bord maritime, avec les avaries météorologiques, les pannes mécaniques, etc. Cela nécessite donc l'intervention de mots techniques, certes. Le vocabulaire spécialisé est résolument nécessaire puisqu'il s'agit d'une littérature maritime, mais le jargon n'empêche en rien la compréhension du roman. En effet, Farley Mowat n'a pas prétention de partager son journal dans un but scientifique, il traduit plutôt ses aventures dans ce qu'elles ont de comique. Farley Mowat exprime toutes ses péripéties, assez folles et abracadabrantes pour que cela suffise à l'action. Pourtant, ce n'est que de la navigation, mais on doit dire qu'on ne s'ennuie jamais avec Fleur de Passion et son capitaine de bord !

    Ecrire un roman et le donner à lire est aussi peut-être une revanche envers ceux qui ont parié contre la goélette, pensant qu'elle coulerait bien avant d'arriver à l'Expo 1967 de Montréal. Cette idée se tient si nous mettons en avant le fait que l'histoire n'est plus personnelle bien avant l'écriture du roman. Nous découvrons à la fin du roman que le voyage vers l'Expo 1967 était devenu une affaire publique, alors pourquoi ne pas raconter tout ce qu'il a vécu au bord de sa petite goélette terre-neuvienne ?

    L'importance de l'humour et de l'auto-dérision

    L'Immortelle naviguait désormais d'une façon très particulière - en fait, elle avançait en crabe

    Il me semble que ce roman n'est pas là pour faire croire que le personnage est tenace et déterminé, c'est plutôt le moment de faire rire le lecteur avec une suite de déconvenues auxquelles il faut faire face. Ce roman est autobiographique et est tiré des mémoires et du journal de bord de Farley Mowat en personne. Il ne tient qu'à lui de choisir la façon dont il présentera son histoire avec Fleur de Passion.

    L'utilisation de l'humour, et surtout de l'auto-dérision est probablement ce qu'il y a de plus plaisant avec cette goélette. Si rien ne sert de courir et qu'il faut partir à point, cette aventure en mer nous rappelle aussi que l'homme n'est pas tout puissant et qu'il ne tient qu'à lui de choisir la façon dont il racontera son histoire et quel aspect de lui il donnera à son entourage. Farley Mowat semble un bon vivant qui ne se froisse de rien, et on l'apprécie d'autant plus pour cela.

    Citations

    L'évidente propension de la petite goélette à se faire hara-kiri ne tourmentait guère Enos et Obie.
    Visiblement, j'avais recruté un nouveau matelot pendant la nuit. Cependant je n'en avais aucun souvenir et, encore que ma mémoire ait pu flancher, je n'étais pas préparé à l'admettre.
    Instantanément, il [le bateau] manifesta ce qui devait se révéler sa caractéristique la plus marquante. Il se mit à faire eau comme jamais, ni avant ni après lui, je n'ai vu un navire capable de le faire.
    L'eau ne semblait pas entrer par un endroit déterminé, mais plutôt en vertu d'un mystérieux processus d'osmose à travers tous les pores du bois.
    Durant les quatre étés qui suivirent, Fleur de Passion me tint tête comme un équipage mutiné. Je criais "cap à l'ouest", elle répondait "cap à l'est".
    Ne t'en fais pas, ma vieille. Je vais te dire quelque chose. Quand viendra l'été, si tu restes à flot et si tu fais attention à ne plus faire d'eau, je te ramènerai là d'où tu viens. Qu'est-ce que tu dis de ça ?

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