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    28 juillet 2020

    La charrette bleue de René Barjavel

    La charrette bleue de René Barjavel

    René Barjavel est connu pour ses romans de science-fiction et fantastiques, les premiers du genre "français", ainsi que pour ses romans d'anticipation où les technologies dépassent les humains. Il est pourtant l'auteur d'un roman autobiographique, La charrette bleue, qui mériterait d'être connu.

    Résumé

    René Barjavel a vécu son enfance à Nyons, une petite ville de campagne où l'eau est précieuse, mais aussi dangereuse. Nous parcourons avec lui, dans ce livre, ses souvenirs d'enfances dans la boulangerie familiale, au collège, chez le charretier... Mais avant tout, il parle de la richesse et de la pauvreté des campagnes, la guerre est une menace sous-jacente de son oeuvre. Il parle alors des marques de richesses : le chocolat, le bon pain nutritif, les livres que sa mère parvient à lui offrir. Mais aussi ses problèmes de nutrition lorsqu'il était bébé ; le manque qu'il ressent, pendant la guerre, de ne plus avoir son café, les hommes qui disparaissent, les femmes toujours de noir ou de gris vêtues, mais aussi la maladie de sa mère...

    Ecrire une autobiographie sélective

    Une expérience autobiographique conditionnée

    Curieuse entreprise, d’écrire des souvenirs. On tire sur le fil, et on ne sait pas ce qui va en sortir. Comme ces illusionnistes qui extraient de leur bouche, suspendus en guirlande, une fleur, une lame de rasoir, une ampoule allumée, un petit lapin… J’évoquai les nourrissons et me voilà parmi les octogénaires… Tirons le fil : voici de nouveau la boulangerie.

    Lorsque Barjavel parle de cette autobiographie, il évoque d'abord les conditions d'écriture. Lors d'un entretien, il confie au journaliste que sa maison d'édition souhaitait qu'il écrive un roman biographique, ce qu'il refusait automatiquement de faire. Pourtant, un jour, il se plie à l'exercice à l'aide d'un jeune journaliste qui lui pose des questions sur sa vie, son enfance, etc. Il n'est pas satisfait de ses réponses, mais l'idée d'écrire La charrette bleue est née.

    Il vit la rédaction de son récit comme un véritable voyage de science-fiction. Il fait le tour d'une enfance qui n'existe plus, où le patois prédomine et dont il ne reste plus de trace dans sa vie, si ce n'est ce morceau de charpente que ses invités prennent pour de l'art abstrait. Il explore alors le monde de femme et de vieillard qu'il a connu, un monde où les enfants étaient rois car la guerre emportait les adultes dans d'autres préoccupations. Pourtant, ce n'est pas la douleur qui domine ce récit, il est très généreux et nous offre quelques recettes gourmandes de son enfance. Il rend hommage, à travers ses souvenirs, à sa famille aimante et à sa mère.

    Une autobiographie de l'enfance

    Cet ouvrage ne retrace pas toute la vie de René Barjavel, elle se limite à son enfance, avec, à la fin, quelques chapitres retraçant rapidement sa vie d'adulte. Il ne parle pas tant des guerres mondiales et des conditions difficiles, à part lorsqu'il nous décrit l'image émouvante des quelques villageois, qui allaient à la gare attendre les hommes qui revenaient pour une permission de quelques jours. Les parents criaient alors dans la rue le nom de ceux qui revenaient et tout le monde était ainsi averti des retours. Il parle également rapidement du traumatisme de certains membres de sa famille, du deuil continuel des familles et de la ville teintée de noir et de gris. L'un des autres souvenirs de la guerre qu'il nous offre, c'est celle des hommes en permission et de l'amitié qu'il y avait entre eux et les villageois.

    Pourtant, ce qui prédomine le récit de son enfance, c'est le calme de sa ville natale, la bonté de ses oncles et tantes, l'eau qu'il allait chercher précieusement avec ses grand-parents. Il décrit l'odeur du pain dans la rue, l'ambition de son père, qui voulait faire le meilleur pain et son innocence qui lui joue des tours. C'est avant tout sa terre natale qu'il montre, et les richesses du monde paysan, pourtant économiquement ni riche ni pauvre. Les villageois vivaient avec ce dont ils avaient besoin, rapiéçaient les vêtements avec des draps, et vivaient sans avoir grand besoin d'argent. Là-bas, on disait "voui" plutôt que "oui", on attrapait le mal de la mort si l'imprudence nous prenait. Et parfois, c'est la maladie du sommeil qui frappait...

    Explication du titre "La charette bleue" - rendre hommage à sa mère

    La charrette bleue est l'objet-symbole de l'enfance de René

    La charrette est d'abord l'objet de fascination d'un enfant qui voit le charretier donner forme aux matériaux sous ses yeux. Il nous raconte la fascination qu'il a pu ressentir, avec ses copains, lorsque les éléments ont pris forme, lorsque les roues ont été posées. C'était un jeu d'enfant, mais une fois achevée, la charrette va marquer le commencement d'un autre âge pour René.

    La charrette, au moment de son départ, représente un moment charnière de sa vie, le moment où il perd une partie de son innocence. René était sur la charrette bleue, lorsque le paysan s'est arrêté devant la boulangerie de ses parents. Lorsqu'il entre avec l'homme, il voit pour la première fois la dégradation de l'état physique de sa mère : elle mord un bâton pour ne pas montrer qu’elle claque des dents à cause de la fièvre. Et ce moment, c'est le début de la fin, le début du combat de sa chère maman contre la maladie et la fin de sa vie normale. La maladie de la mère dure deux ans, et sur ces deux années, le souvenir de la charrette lui restera.

    Tous les souvenirs racontés nous mène à la mère

    Cette image immobile, en trois dimensions sculptées par le soleil, s'est gravée à tout jamais dans mes yeux. C'est le seul souvenir précis que je garde de ma mère bien portante. Des années plus tard j'ai su à quoi elle ressemblait : à la statue de la Liberté. Elle en a l'élan vers le haut, et la promesse, et l'équilibre.

    Ce récit autobiographique est avant tout consacré à la mère. Il évoque, avant sa naissance, son amour pour un boulanger et la naissance de ses frères, puis sa propre naissance à lui, d'un autre père, lui aussi boulanger. Le caractère de la mère est dessiné plus que celui des autres personnages. C'est le drame familial qui les touche, la mort de cette mère, qui marquera définitivement la fin de l'enfance.

    Tous les souvenirs racontés tendent à raconter la longue maladie et le décès cette mère aimante et adorée. René semble ne pas vouloir se séparer d'elle et attend le dernier moment, en se rappelant tous les souvenirs heureux, pour achever le récit de son enfance. Après les souvenirs heureux, ce sont les plus difficiles qu'il faudra évoquer.

    La charrette est aussi la représentation d'un monde paysan qui disparaît

    Le titre du roman joue également un deuxième rôle : il représente la fin d'une ère laissant place à celle de la mécanisation. En effet, René Barjavel insiste sur le fait que l'achat d'une charrette, pour un paysan, est l'achat d'une vie. Elle est construite et payée et sera transmise aux enfants, aux petits-enfants et ainsi de suite pour plusieurs générations.

    Pourtant, René évoque la mécanisation du monde. Il voit déjà, en présentant ce symbole de la paysannerie et du travail, la fin d'un monde et le début des dettes. La charrette semblait tenir l'équilibre économique des paysans, qui, avec la mécanisation et la société de surproduction, se retrouve endetté pour être concurrentiel, à perte.

    Citations

    Les femmes chantent à la maison, à la cour et au jardin, les hommes chantent dans les champs et à l'atelier. Le transistor les a fait taire. Aujourd'hui c'est la ferraille qui chante dans tous les chantiers. A l'homme, il ne reste que la ressource de grogner.
    Je pleurais parce que j'étais sous(nourri. Je criais parce que j'avais faim. Personne, évidemment, ne s'en doutait. Pour me calmer, par bonheur, on me donnait un quignon de bon pain, rassis, sur lequel je bavottais longuement et que je finissais par avaler, miette à miette, après l'avoir ramolli. Je pense que c'est le pain de mon père qui m'a sauvé.
    Je n'avais personne pour diriger mes lectures. Et je pense que ce fut bien. L'essentiel est de lire beaucoup n'importe quoi. Ce qu'on a envie de lire. Le tri se fait après. Et même la mauvaise littéraire est nourricière.

    Si ce livre vous intéresse :