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    26 janvier 2021

    Sido de Colette : Hommage à la mère

    Sido de Colette : Hommage à la mère

    Colette est une écrivaine au style très tendre. Elle a régulièrement utilisé sa propre histoire pour nourrir ses œuvres. Ainsi, dans le cours roman Sido, c'est un portrait familial qui se dessine entre les pages.

    Résumé

    Ce très court roman est en réalité un recueil de souvenirs. Ce sont les portraits de ses proches qui se dessinent au fil des pages. Sa mère est le premier sujet de roman. Elle est qui la reine du jardin, une sorte de déesse de la nature qui organise tout autour des points cardinaux. Elle est le centre autour de quoi tout gravite. Elle décrit le caractère décidé de sa mère, elle qui percevait en chacun de ses enfants un avenir grandiose. Ce sont aussi les portraits de son père, plus effacé derrière la force de caractère de la mère. Il est assez mystérieux et peu démonstratif, pourtant Colette est bien sa préférée, et elle le sait. Pourtant, son passé de militaire semble le travailler : il a perdu la gloire acquise lors de ses combats. Pourtant cet homme sur une jambe reste debout.

    Ensuite vient le moment de parler de la demi-sœur et des frères de Colette. Chacun à son caractère et ses ambitions. Ils sont charmants à leur façon. Mais la demi-sœur est un secret bien gardé. Elle a raté son mariage et sa mère lui en tient rigueur, elle qui vient d'un mariage avant celui avec le capitaine. Elle est mise à l'écart de cette famille pourtant si heureuse. Et Colette n'est pas en reste. Elle profite de se bonheur qui l'entoure et gambade, épanouie, dans la nature sauvage encore endormie.

    Sido ou les points cardinaux

    Sido, perçue comme une divinité par sa fille

    Dans le premier chapitre, destiné à la mère, Colette est admirative et divinise celle que seul le Capitaine appelait "Sido". Elle domine la famille et dirige chacun de ses membres. Et avant tout cela, elle est la reine de son jardin. La nature qu'elle préserve, qu'elle arrange selon les points cardinaux du jardin, fait envie à tout le petit village. Mais Sido n'est pas prêteuse : elle ne coupera pas ses plus belles fleurs pour orner la tombe d'un mort qui n'appréciera pas leurs beautés. Les seules personnes à qui elle offre généreusement ses fleurs sont les enfants. Ces tout petits qui écrasent violemment la fleur au creux de sa main à la découverte des sensations. Seule la vie encore pure peut profiter des trésors de son jardin.

    Elle est aussi celle qui apprend le nom des plants à sa fille, la patiente et les besoins des fleurs, toutes plus délicates les unes que les autres. Elle est aussi celle qui réprimande dans un sourire la trop grande curiosité de sa fille, qui, ne pouvant supporter le secret d'un bulbe caché sous la terre, ne peut s'empêcher de déterrer les graines qui s'abîment pourtant à l’air pur. Sido est aussi la femme qui autorise à sa fille les sorties au lever du jour, comme une récompense. Grâce à cette mère, elle découvre la beauté d'un monde qui se réveille. Définitivement, Sido est une divinité qui règne sur la terre.

    Le point cardinal de la famille est tenu par Sido

    À l'origine, le recueil ne comportait que le chapitre sur Sido. Il s'intitulait Sido ou les points cardinaux. Cette édition a été étendue aux deux chapitres sur le Capitaine et les enfants. Mais finalement, peu importe à qui est dédié chaque chapitre du roman, tout se fait en fonction de Sido. En effet, elle ouvre le recueil de souvenirs et s'impose dans le portrait des autres personnages. Le capitaine, ou plutôt l'ex-capitaine de l'armée qui a tout abandonné pour Sido, est devenu l'adorateur de sa femme. Il vit selon son regard et elle paraît être le seul point de repère de cet homme qui a tout abandonné pour elle.

    Dans le dernier chapitre destiné aux enfants de Sido, c'est encore à travers ses yeux qu'est décrit chacun des personnages. La demi-sœur est la déception de sa mère, le grand frère est le beau jeune homme que voit sa mère. Elle le prédestine également à la médecine, il l'écoutera. Le second fils, toujours rêveur et voulant se libérer de toute obligation familiale, doit se consacrer à la musique selon la mère. Lui qui aime tant la poésie des sons et suit, dans sa jeunesse, les musiciens partout où ils se trouvent, est le seul à s'abstraire des désirs de la mère. Quant à Colette, sa mère l'a laissée libre de choisir. Elle n’avait pas encore défini le destin de sa fille, mais en agissant ainsi, Sido s'est profondément ancrée dans l'imaginaire de sa fille.

    L'importance du souvenir pour Colette

    Une écriture du souvenir d'enfance

    Colette, dans cette œuvre, fait preuve d’une grande sensibilité par rapport à son enfance. Elle idéalise ainsi, avec une certaine nostalgie, les temps heureux aboli. Les souvenirs retracés dans cette œuvre portent sur sa préadolescence, de ses 8 à 12 ans. Le point central de ces souvenirs est rattaché à la maison familiale de Saint-Sauveur-en-Puisaye dans l’Yonne. Bien qu’il existe un certain attachement à la ville de Paris, les souvenirs sont majoritairement liés à ce monde rural et fleuris dans lequel s’épanouit la mère les jours de bonheur.

    D’ailleurs, tous connaissent des difficultés d’adaptation à la vie quotidienne. La mère est trop divinisée et le père trop amoureux pour avoir les pieds sur terre. Il est aussi trop timide pour se rapprocher de ses enfants. Ceux-ci ont également leurs défauts. La demi-sœur rate son mariage à cause de ses lectures trop nombreuses comme la Madame Bovary de Gustave Flaubert. Le grand fils devenu médecin est vieilli par son travail et meurt prématurément. Le second fils, destiné à être musicien, perd sa musique intériorisée, les sons des grilles de son enfance. Il ne veut toujours rien faire, mais il est contraint à l’action. Colette elle-même se tourne toujours vers cette période heureuse déjà trop lointaine.

    Toute cette nostalgie et ce besoin de se rattacher au passé ne se trouvent pas seulement dans Sido. Déjà dans La Maison de Claudine, dans Claudine à l’école ou encore dans En pays inconnu elle évoque ces souvenirs qui la composent. La maison est elle-même celle du bonheur. Elle recueillait les vents « de tous les points cardinaux » et l’épanouissement général. C’est un petit paradis perdu que Colette tente de retrouver.

    Les prémices de l'écriture et l'importance du capitaine

    C'est lui que se voulait faire jour, et revivre quand je commençai, obscurément; d'écrire, et qui me valut le plus acide éloge, - le plus utile à coup sûr :
    - Aurais-je épousé la dernière des lyriques ?

    Si le Capitaine, son père, est assez effacé de la vie familiale, cela est entièrement dû à sa timidité. Pourtant, le fait de ne pas être démonstratif ne signifie pas que l'amour est absent. D'ailleurs, Sido regrette de ne pas avoir pris le temps de mieux connaître son père. Cet homme a eu deux vies, celle d'avant : victorieuse et pleine de gloire militaire, où la danse jouait un grand rôle ; et celle d'après : où Sido est devenue le centre de son admiration. Colette laisse même penser qu'il avait une double vie alors même qu'il adorait sa femme. En effet, elle découvre le grand amour qu'il avait envers ses enfants à travers des lettres, découvertes après sa mort.

    Mais le rôle du père ne s'arrête pas à ces regrets que peut avoir la Colette adulte. Il a joué un rôle envers la Colette encore enfant, celle qui n'était encore qu'une adolescente. Il faut savoir que Colette emprunte son nom de signature à ce père qu'elle aime. Colette, le nom de famille de cet homme remarquable. Elle a également passé de nombreux moments avec lui. Ils parlaient souvent de littérature :

    J'étais petite quand mon père commença d'en appeler à mon sens critique. Plus tard, je me montrai, Dieu merci, moins précoce. Mais quelle intransigeance, je m'en souviens, chez ce juge de dix ans…
    - Écoute ça, me disait mon père.
    J'écoutais sévère. Il s'agissait d'un beau morceau de prose oratoire, ou d'une ode, vers faciles, fastueux par le rythme, par la rime, sonores comme un orage de montagne…
    Je hochais ma tête et mes nattes blondes, mon front trop grand pour être aimable et mon petit menton en bille, et je laissais tomber mon blâme :
    - Toujours trop d'adjectifs !

    Ce n'est donc pas la mère et sa supériorité qui influence la carrière de sa fille, mais c'est bien le père qui prend ce rôle. En transmettant son amour du mot à sa fille, il lui lègue également une partie de son admiration pour sa femme. Ainsi, Sido imprègne un très grand nombre de romans de Colette, elle qui vit souvent dans le souvenir de cette enfance joyeuse.

    Citations

    Peut-être nos voisins imitaient-ils, dans leurs jardins, la paix de notre jardin où les enfants ne se battaient point, où bêtes et gens s'exprimaient avec douleur, un jardin où, trente années durant, un mari et une femme vécurent sans élever la voix l'un contre l'autre.
    "Sido" et mon enfance, l'une et l'autre, l'une par l'autre furent heureuses au contre de l'imaginaire étoile à huit branches, dont chacune portait le nom d'un des points cardinaux et collatéraux.

    Si ce livre vous intéresse :

    Sinon…

    Vous pouvez également vous orienter vers les Souvenirs d'enfance de Marcel Pagnol  ou bien ceux contenus dans La charrette bleue de René Barjavel