Le registre lyrique en littérature

Le registre lyrique trouve son origine dans le chant du poète qui, accompagné par sa lyre, exprime ses propres émotions dans une sorte d'exaltation du moi et des sentiments. Nous retrouvons essentiellement ce type de discours dans la poésie, mais elle se repère aussi régulièrement dans le théâtre ou le roman, auquel cas il se trouve surtout dans les monologues. Son objectif principal est de faire adhérer l’auditoire aux pensées de l'auteur et susciter la compassion et émouvoir le lecteur.
Comment reconnaître le registre lyrique dans une œuvre ?
Lorsque vous êtes confronté à un texte lyrique, la première chose que vous constaterez est l'écriture du texte à la première personne du singulier. En effet, l'exaltation du sentiment va de pair avec la manifestation des émotions du narrateur et/ou du poète. Visuellement parlant, cela donne également un discours très expressif grâce à sa ponctuation forte, ses apostrophes et ses interjections. Il s'agit dès lors d'un extrait très mélodieux, où le rythme et la musicalité sont travaillés à l'aide d'assonances et allitérations, de phrases courtes ou au contraire longues, souvent binaires ou ternaires.
Vous pouvez ensuite retrouver des thèmes assez généraux comme la mort (Marceline Desbordes-Valmore), la maladie, la fuite du temps (Marcel Proust), l'amour (Pierre de Ronsard) ou bien encore la nature. Toutes ces thématiques vont servir à mettre en valeur les émotions du conteur telles que la joie, la tristesse, la mélancolie, la nostalgie, la douleur, la solitude, etc. Ce champ lexical des sentiments soutient les figures de style de la comparaison, l'hyperbole, des anaphores, antithèses et tout autre procédé amplifiant la vie intérieure du poète. Pour cela, les auteurs vont également souvent utiliser la nature comme moyen de se rapprocher de la conscience affective.
Si le registre lyrique vient accentuer les émotions du narrateur, quel qu'il soit. Cependant, il existe un sous-registre qui s'appuie essentiellement sur l'expression des états d'âme et de la plainte. Il va plutôt mettre en avant la nostalgie, la mélancolie et la douleur à travers les thèmes des amours malheureuses, de la fuite du temps et de la mort.
Exemple d'un extrait dans ce registre littéraire
Comme nous le disions, le registre lyrique est particulièrement utilisé en poésie, mais encore plus dans le mouvement romantique. Ici, nous allons lire un extrait de "le Lac" écrit par Alphonse de Lamartine dans ses Méditations poétiques. Le titre laisse d’ores et déjà entendre le répertoire dominant dans l'œuvre…
Le lac de Lamartine, une œuvre lyrique, voire élégiaque
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ?
Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! Je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir !
Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.
Alphonse de Lamartine, Le Lac
Dans cet extrait de poème intitulé "Le Lac" d'Alphonse de Lamartine, nous remarquons de nombreuses composantes nous faisant dire qu'il est au registre lyrique. En effet, nous observons tout d'abord que le texte semble s'adresser à un lac, élément de nature mouvant comme l'amour qu'il a ressenti pour la femme qui se dessine à travers ce poème. Bien entendu, il prend à témoin le lac, précédemment spectateur de son lien avec une amante adorée, de l'absence de cette dernière.
À travers de nombreuses interjections et une ponctuation forte, il se plonge dans les sensations d'un moment passé, voulant émouvoir en créant des visions d'amour anéanties. En effet, le narrateur semble aussi brisé que le paysage avec du vocabulaire propre à la blessure du cœur ("mugissais", "profondes", "brisait", "flancs déchirés"). Le lac n'est pas doux, il ne caresse pas, mais s'écrase violemment comme la perte du poète, contrastant d'autant plus avec l'image des pieds adorés de l'absente, image douce d'un souvenir passé.
À travers la disparition de sa maîtresse, il médite sur le temps qui s'écoule "l'année à peine a fini sa carrière", emportant avec lui la femme dans la "nuit éternelle", autrement dit la mort. Cette métaphore est à plus forte raison marquée qu'elle mène vers "de nouveaux rivages" "sans retour" possible. Elle oppose encore l'éternité à l'envie du poète d’interrompre, ne serait-ce qu'"un seul jour", la course des heures. Alors, le présent semble en suspension, seul le passé avec l'être adoré compte et le moment actuel ne peut qu'être plaint. D'ailleurs, les temps et la nature sont inarrêtables et changeants, puisque l'allitération en "l" transmet le son de l'eau et le rythme est celui aussi bien des remous que du temps et du vent. La nature capricieuse, témoin d'un instant d'amour, est sans pitié au même titre que les états d'âme du poète qu'elle représente.

Quelques autres points d'analyse et de contextualisation
Nous noterons que si ce morceau est particulièrement élégiaque, d'autres extraits du poème mettent aussi en avant les périodes fortunées connues près du lac avec l'être aimé. Mais globalement, il s'agit d'une plainte et d'un souvenir nostalgique des instants passés, telle une invocation marquée par les anaphores, les répétitions et la personnification de la nature que nous retrouvons tout le long de la poésie.
Lamartine est en proie avec le temps qu'il ne maîtrise pas et la nature est à la fois témoin heureuse des moments de joie, mais encore le dur rappel des absences. Lamartine exploite d’autre part l'image du navigateur qui tente de rester à flot à travers la fuite du temps, montrant bien qu'il pourrait être submergé à tout moment sous les caprices d'une force qui lui est supérieure. D'ailleurs, la mer et l'eau de manière générale sont un motif marquant dans la littérature, car cet élément sans merci est aussi le lieu où les héros homériens voguent pour vivre des aventures et retrouver leurs amours et familles. Lamartine se pose ainsi à la fois comme un martyr tragique et épique, affrontant l’écume et en même temps un homme qui demeure à terre, puisqu'il a perdu l'être cher.
Enfin, un petit point de contextualisation permet de bien comprendre ce poème. L'être absent n'est autre que Julie Charles avec qui Lamartine a entretenu une liaison. Elle tombe gravement malade et n'a pu honorer leur rendez-vous. L'auteur entre alors en méditation au sujet du temps qui passe et sur la perte/la mort/l'absence tout à la fois.


