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    2 novembre 2021

    Les Contemplations de Victor Hugo

    Les Contemplations de Victor Hugo

    Les Contemplations sont un recueil de Victor Hugo publié en 1856. Composé de onze milles vers, il raconte le double exil du poète : exil géographique et politique, exil intérieur par l'endeuillement à cause de la disparition de sa fille Léopoldine.

    Les Contemplations : un morceau conséquent de la poésie de Victor Hugo

    Six livres, 158 poèmes, onze milles vers. Voilà ce que représentent Les Contemplations, recueil majeur de l’œuvre de Hugo. La plupart de ces poèmes ont été écrits entre 1841 et 1855, certains remontent jusqu’à 1830. Mais ne vous fiez pas aveuglément aux dates fournies par le poète. Plusieurs ont été truquées pour servir la continuité chronologique du recueil.

    Les origines poétiques : Les Contemplations d’Olympio

    L’idée d’un recueil monumental germe dans l’esprit de Victor Hugo avant 1843. Son projet s’intitule alors Les Contemplations d’Olympio. Olympio est un double poétique de Hugo déjà présent dans deux poèmes : "Tristesse d’Olympio" (dans le recueil Les Rayons et les Ombres publié en 1840) et "À Olympio", poème écrit en 1835. Avec ce recueil, Hugo entend se dédoubler pour s’extraire du moi du poète et atteindre ainsi un lyrisme sans limite.

    Les origines intimes : Léopoldine et le 4 septembre 1843

    Léopoldine Hugo est la fille aînée du poète. Au début de l’année 1843, elle épouse à 19 ans Charles Vacquerie. Lors du 4 septembre 1843, le couple, en compagnie de l’oncle de Charles, fait une sortie en bateau sur la Seine à Villequier. L’embarcation chavire à cause d’un coup de vent. Léopoldine s'est retrouvée coincée sous le bateau et n'est pas parvenue à remonter à la surface. Charles plonge six fois pour tenter de la sauver, sans succès.

    Victor Hugo, sur la route du retour d’Espagne, apprend quatre jours plus tard par le journal que sa fille est morte noyée. Cela le plonge dans un profond chagrin. De 1843 à 1853, Hugo ne publiera plus aucune œuvre. Ses écrits seront dès lors très souvent dédiés à Léopoldine.

    Les origines politiques : Louis-Napoléon Bonaparte

    Un peu d’histoire politique maintenant, et Dieu sait que la politique au XIX fut mouvementée. En 1845, Hugo devient Pair de France sous la monarchie de Juillet et est proche de Louis-Philippe. De 1848 à 1852, Hugo siège à l’Assemblée de la IIe République avec Lamartine à sa tête en qualité de Président provisoire.

    Louis-Napoléon Bonaparte est alors élu président et Hugo le soutient avant de fermement s’opposer à l’envie de Bonaparte de se faire élire président à vie. Commence alors une longue période de fuite et d’exil (1852-1855 à Jersey, 1855-1870 à Guernesey) pour Hugo. Face aux événements de la Révolution de 1848 et l’arrivée de Bonaparte, Hugo recommence à écrire et développe le recueil Châtiments contre Napoléon III.

    Hugo envisageait de construire un recueil diptyque sous le nom "Les Contemplations". Le livre "Les Contemplations" devaient être la face lyrique d’un Autrefois perdu, devenu une utopie revêtant une dimension politique dans l’exil ; alors que les "Châtiments" incarnaient la face du Maintenant, scénarisant le lyrisme à la fois héros et victime d’un gouvernement de drôles.

    Mais l’exil proclamé par Napoléon III pousse Hugo à devoir répliquer très vite. Châtiments sera alors publié seul en 1853. Avec la mort de Léopoldine, Les Contemplations deviennent le tombeau de cette fille disparue, symbolisant l’exil intérieur du père en deuil, et celui de la République, renvoyant cette fois à l’exil géographique du poète et homme d’État. Châtiments et Les Contemplations signent alors le retour d’Hugo à la publication.

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    Le(s) genre(s) des Contemplations

    Les Contemplations contiennent un bon aperçu de la poétique hugolienne. En effet, il s'agit d'une œuvre complète regroupant les différentes problématiques qui ont inspiré le poète tout au long de sa vie : politique, spiritualisme, famille, tout y est.

    Autobiographie et diaristique de la poétique

    À première vue, ce recueil peut s'appréhender comme une autobiographie versifiée avec en son cœur la disparition de Léopoldine. Hugo est assez clair quant à cette dimension.

    Dans une lettre du 31 mai 1856 à Pierre-Jules Hetzel (l’éditeur historique de Jules Verne), il lui confie : "Les Contemplations seront ma grande Pyramide". On pense alors inévitablement à la magnifique celle de Khéops. L’image de la pyramide est intéressante à plusieurs égards. Tout d’abord, Hugo place Les Contemplations au sommet de sa production littéraire, à la pointe de la pyramide qui est également un tombeau avant d’être un monument d’apparat.

    Ce tombeau, c’est celui de sa fille qui occupe le centre du recueil, dont la mort est représentée par le poème "4 septembre 1843". Ce poème est composé d’une ligne de points et de rien d’autre. Cette ligne est la figuration typographique de l’indicible. Hugo peut nous raconter tout ce qu’il s’est passé avant, tout ce qu’il est advenu et adviendra après le décès de sa fille, mais l’événement en lui-même ne peut en aucun cas être mentionné verbalement.

    Puis, dans le texte liminaire, Hugo exprime une requête au lecteur, une sorte de mode d’emploi de son recueil :

    ce livre doit être lu comme on lirait le livre d’un mort. […] C’est ce qu’on pourrait appeler, si le mot n’avait quelque prétention, les Mémoires d’une âme

    Le parallèle avec les Mémoires d’Outre-tombe de Chateaubriand est difficile à éviter. Tous deux s’adressent au lecteur depuis la mort pour relater leur vie. Ainsi, Les Contemplations peuvent être envisagées comme une version poétique de l’autobiographie. Il faut cependant souligner un point de divergence avec celle de Chateaubriand. Hugo nous propose une autobiographie qui déconstruit le moi jusqu’à sa disparition dans l’infini : "l’auteur a laissé ce livre se construire en lui", même si la continuité des dates rapproche également ce recueil du journal intime où "une destinée est écrite là jour à jour".

    L'aspect anthropologique des Contemplations

    Hugo est un auteur qui a l’habitude d’aller chercher le lecteur pour le faire plonger dans son œuvre. Cette fois, il va chercher le lecteur dans sa particularité. Il souhaite donner une valeur universelle à son drame personnel, peut-être à la fois pour essayer de lui donner un sens ainsi qu'accompagner et partager la souffrance de tous les parents endeuillés. Cette idée est exprimée dans le texte liminaire :

    Est-ce donc la vie d’un homme ? Oui, et la vie des autres hommes aussi. Nul de nous n’a l’honneur d’avoir une vie qui soit à lui. Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis ; la destinée est une. Prenez donc ce miroir, et regardez-vous-y. On se plaint quelques fois des écrivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi !

    Philosophie et métaphysique des poèmes

    Puisque la mort de Léopoldine hante tout le recueil, il n’est pas étonnant de percevoir une dimension philosophique et métaphysique dans les vers du poète. En effet, la douleur du deuil parental amène Hugo à douter de l’existence de Dieu. Comment le Créateur peut-il admettre cela ? Comment peut-il laisser les enfants mourir avant leur parent ? Parce qu’il n’est pas tout-puissant ? Parce qu’il est indifférent ? Parce qu’il est méchant ?

    Tout le problème que représente l’énigme de la destinée est cristallisé au cours du questionnement et de la méditation du poète. Cette quête de sens est à mettre en parallèle avec les séances de spiritisme qu’Hugo et ses compagnons d’exil pratiquaient pour essayer d’entrer en contact avec leurs proches disparus.

    Dimension historique et politique de l'œuvre

    Comme expliqué ci-dessus, Les Contemplations sont ancrées profondément dans l’Histoire et dans le parcours politique de Victor Hugo. Le parallèle entre le deuil de sa fille et le deuil de sa patrie est une image récurrente. Le lien entre ce deuil personnel et le deuil national est particulièrement frappant par le rapprochement des poèmes "Charles Vacquerie" (IV, 17) et "A Aug. V." (V,1).

    D'ailleurs, Charles Vacquerie, le gendre de Hugo, était le frère de Auguste Vacquerie, ami proche du poète qui le suivit dans son exil. Ainsi, les deux drames (personnel et politique) frappant le dramaturge de plein fouet sont incarnés par deux membres de la même famille, ici réunis dans l’immortalité poétique du recueil.

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    Structure générale du recueil

    Les Contemplations sont divisées en deux parties de trois livres : Autrefois et Aujourd'hui. Chacune s’étend sur 14 ans. La rupture s’opère à la mort de Léopoldine dans le livre IV : "Autrefois, Aujourd'hui. Un abîme les sépare, le tombeau." (texte liminaire). Pour concrétiser cette rupture entre les deux époques, le recueil était lors de l’édition originale de 1856 publié en deux ouvrages distincts.

    Première partie de l'œuvre : Autrefois

    Autrefois est donc composé des livres I à III et couvre la période 1830-1843. Dans le livre I, "Aurore", Hugo se remémore les joies, les peines, les rêves et les découvertes de l’enfance et de l’adolescence. Le livre II, "L’âme en fleur", est celui du temps des amours. La figure de Juliette Drouet, la compagne officieuse de Hugo pendant près de 50 ans et qui le suivra en exil, revient tout au long de ce livre.

    Le livre III intitulé "Les luttes et les rêves" sonne l’entrée du poète dans l’âge adulte. L’idéal et la réalité s’y affrontent sans merci. La dimension sociale, les souffrances des Hommes, si chères à Hugo, apparaissent. Il nous faut également souligner qu’en parallèle de la rédaction de ce recueil, le poète entame l’écriture d’un autre monument de la littérature : Les Misères, publié en 1862 sous le nom Les Misérables.

    Seconde partie des Contemplations : Aujourd'hui

    Aujourd'hui comprend les livres IV à VI et s’étend de 1843 à 1855. Le livre IV, "Pauca Meae", certainement le plus connu, est celui consacré à Léopoldine. Cette partie commence donc par la mort et l’absence qui vident le présent de sa substance. Tout l’enjeu de ce livre est de parvenir à établir une communication avec la disparue malgré la mort.

    Le livre V, "En marche", revient sur la vie intérieure de l’exilé endeuillé. C’est ici que Hugo trouve de nouvelles raisons de vivre, grâce à la méditation. Mais la dimension politique est également bien présente, même si le poète n’évoque pas directement ses combats. Enfin, le livre VI, "Au bord de l’infini", est celui d’un certain apaisement retrouvé. C’est le livre des certitudes qui revient sur une présence divine.

    Épilogue : "À celle qui est restée en France"

    Le recueil ne se clôt pour autant pas avec le dernier poème du livre IV mais avec l’épilogue "A celle qui est restée en France" composée de 8 sections. En s’adressant une dernière fois à sa fille, à la fin de l’ouvrage, Hugo la replace finalement au centre du recueil, au centre de son attention, au centre de notre mémoire de lecteur.

    La présence de Léopoldine se traduit par ailleurs à travers 8 poèmes datés du jour de sa mort et accompagne ainsi le lecteur tout au long de son parcours :

    • IV,4 : "Oh ! Je fus comme fou dans le premier moment", (04/09/1852)
    • IV, 6 : "Quand nous habitions tous ensemble", (04/09/1844)
    • IV,8 : "A qui donc sommes-nous", (04/09/1845)
    • IV,9 : "Ô souvenirs ! printemps ! Aurore !", (04/09/1846)
    • IV, 15 : "A Villequier", (04/09/1847)
    • IV, 17 : "Charles Vacquerie", (04/09/1852)
    • V, 1 : "A Aug. V.", (04/09/1852)
    • VI, 24 : "Ce que dit la bouche d’ombre", (04/09/1855)
    • Le poème IV, 14, "Demain, dès l’aube" peut également être ajouté à la liste malgré sa datation du 03/09/1847 car le poète évoque ce qu’il accomplira le lendemain, le 04/09/1847.

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    // Lastname: Hugo // Firstnam: Victor // Title: Les Contemplations