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    14 janvier 2020

    Lire Othello de Shakespeare

    Lire Othello de Shakespeare

    Ce n'est pas étonnant de voir de grands auteurs comme Alexandre Dumas et Victor Hugo inspirés par une telle pièce. La représentation d'Othello à laquelle ils avaient assisté bouleversait les codes de ce qui se faisait en France. Les auteurs réclamaient des drames romantiques en prose pour amuser le nouveau public, la nouvelle génération. Et c’est ce que Shakespeare a offert à cette époque qui voulait briser la règle des trois unités théâtrales et ressentir des émotions. Ils ne veulent plus être associés aux néoclassiques.

    Présentation de la pièce

    Othello1 fait partie des pièces de Shakespeare les plus lues et les plus représentées au théâtre, au cinéma et dans la littérature. La première représentation a eu lieu le 1er novembre 1604 et traversera le monde entier.

    Nous voilà à Venise, probablement au XVe siècle. Nous rencontrons Iago, traître déclaré depuis les premières lignes. Othello, lui, est ce more2 qui subit le racisme au quotidien et qui est dévasté par ses passions. Desdémona, enfin, trahit la confiance de son père par amour pour Othello. Parmi eux circulera Roderigo, Cassio, Emilia, Bianca et quelques autres. Cette tragédie touche des personnages qui étaient intimement liées entre eux, mais le ver était déjà dans la pomme, rongeant jusqu'aux pépins d'un fruit futur.

    Othello, héros tragique    

    Nous ne pouvons pas tous être les maîtres et les maîtres ne peuvent pas tous être fidèlement servis. (Acte I, Scène 1, Iago)

    Victime de son temps...

    Othello est une victime du racisme dans une société qui découvre très lentement l'Afrique. Il est rejeté parce qu'il est ce "bélier noir" (Acte I, Scène 1) et est confronté à tous les préjugés dûs à son origine ethnique. Ce n'est pas sans raison que le sous-titre de la pièce est "le More de Venise". Il s'est converti au catholicisme et marié à une femme blanche, mais cela ne suffit pas à l'intégrer dans la société. Il est seulement toléré pour son utilité et sa férocité au combat.  

    Et des représentations théâtrales

    Retour aux créations théâtrales du XVIIe siècle : il existait déjà le more blanc, mais les dramaturges créent également, depuis très peu, la figure du more noir. Il est la figure cruelle, crédule, lubrique et jalouse. Cette figure du more noir se trouve aussi dans la pièce Titus Andronicus, du même auteur, l'une des plus sanglante et violente de tout le théâtre de Shakespeare.

    Les idées funestes sont, par leur nature, des poisons qui d'abord font à peine sentir leur mauvais goût, mais qui, dès qu'ils commencent à agir sur le sang, brûlent comme des mines de soufre. (Acte III, Scène 3, Othello)

    Desdémona est celle qui le ramène à une humanité civile et sociétale. Mais lorsqu'elle ne sera plus une figure fiable et fidèle, l'homme civilisé qu'était Othello retombe au niveau du more noir jaloux dont Shakespeare manie les traits. Pour l'anecdote, lors d'une des représentations de cette pièce, un spectateur a sauté sur scène pour défendre Desdémona d'Othello lors d'une des scènes de violence.

    L'homme de l'ombre : Iago  

    Je ne suis pas ce que je suis (Acte I, Scène 1, Iago)

    Les manigances de Iago

    Cette tragédie se déroule sous un climat politique et exploite les travers humains. Elle le fait à la fois grossièrement et en finesse.  Grossièrement, parce qu'aucun personnage ne remet en question la fourberie de Iago. Pourtant, il se prépare à trahir chacun d'entre eux et parle toujours de ses plans au grand jour. Dès la première scène, le lecteur est averti : il déteste Othello, il le hait et provoquera sa perte. Et pourtant le niais Roderigo se laisse abuser sans broncher, Othello se laisse dévorer par la jalousie et Cassio ne doutera jamais de lui.

    Quand les démons veulent produire les forfaits les plus noirs, ils les présentent d'abord sous des dehors célestes, comme je fais en ce moment (Acte II, Scène 3, Iago)

    Mais il agit avec finesse parce que cela fonctionne, il tire les ficelles des trahisons qu'il engage contre tout un chacun jusqu'au dénouement. Il manipule si bien les sentiments et les faiblesses de tous les personnages que seul le spectateur prend conscience de l'ampleur de son plan.

    La haine du personnage

    Si la pièce se nomme Othello et qu'il est bien, avec Desdémona, la victime de la tragédie, c'est Iago qui tire tous les fils dans l'ombre. Il domine sans conteste la pièce en termes de quantité de répliques et en apparaissant dans la pièce avant Othello. Iago veut se venger, à la fois par jalousie, parce qu'il pense qu'Emilia a eu une relation avec Othello, mais aussi par ambition politique parce qu'il pensait que le statut de lieutenant lui revenait.

    Trois grands de la Cité vont en personne, pour qu'il me fasse son lieutenant, le solliciter, chapeau bas ; et, foi d'homme ! je sais mon prix, je ne mérite pas un grade moindre. (Acte I, Scène 1, Iago)

    Cassio a pris la place qui lui revenait de facto : le droit de succession qui est bafoué. Il s'en vengera. Il échouera face à ce bel homme qui peut séduire toutes les femmes. Ne serait-il pas encore jaloux ?

    Les femmes dans la pièce

    Elles sont des figurations, des objets

    Les femmes ne sont que des objets dans cette pièce. Desdemona sert à intégrer Othello dans la société. Cassio l'utilise pour récupérer sa place auprès d'Othello en tant que lieutenant. Pour Roderigo, ce n'est pas aussi clair. Il aime Desdémona, mais pas assez fortement pour se battre contre Othello. Est-ce qu'il aime simplement sa beauté, l'apprécie ? Ou bien aurait-ce été un très bon mariage social ? Quant à Bianca, elle est exploitée par Iago pour assouvir sa vengeance. Elle aime Cassio sans réciprocité, ce qui se retournera contre elle un peu plus tard.

    Emilia est la figure la moins utilisée parce qu'elle est probablement la moins crédule. Elle est forte et n'est pas victime. Et pourtant Iago l'utilisera pour voler le mouchoir et manipuler sa maîtresse. Elle est donc aussi, a un degré moindre, la responsable de la mort de Desdémona.

    Les femmes sont fatales

    La fatalité, ah ! trouble des plus suprêmes ! Desdémona ! Qu'as-tu fait ? De manière indirecte, elle est fatale pour les hommes de son entourage. Effectivement, elle est le sujet de toute la jalousie d'Othello, qui meurt de s'être trompé sur elle puisqu'elle était fidèle. Cassio mourra parce qu'Othello pensait qu'il était l'amant de sa femme. Nous découvrirons aussi que son père est mort parce qu'elle s'est mariée à un more.

    Toujours de manière indirecte, Bianca causera la perte de son amant Cassio. Elle sera prise pour cible dans le quiproquo qui convaincra Othello de la trahison de Cassio. Iago l'accusera également d'être à l'origine de l'agression de son amant, avant que la vérité n'éclate. Cependant, cela n'est qu'une demie-fatalité, il n'a été que blessé puisque l'amour n'est pas réciproque.

    Emilia cause la perte de son mari de manière directe, car elle dénonce son mari. Nous disions plus haut qu'elle n'était pas victime, mais elle meurt : l'un n'exclut pas l'autre. Elle a pris son destin en main et a préféré la vérité à la vie. Elle ne s'écrase pas face aux menaces, quitte à perdre la vie et causer la perte d'un homme qui ne l'aime pas. Son dévouement pour la vérité est ce qui permet d'amorcer le dénouement. Elle avoue tout, elle crache son venin sur Othello, le "more meurtrier", et pourtant la situation ne se résous qu'avec la découverte des lettres dans la poche de Roderigo. Malgré son intérêt grandissant au cours de la pièce, elle restera une "figurante".


    Si cette pièce vous a plu, je vous recommande :

    Sinon...

    Lisez notre article sur Victor HUGO, Angelo tyran de Padoue


    1Shakespeare, Othello suivi de Le Songe d'une nuit d'été, Grands écrivains, 1985, traduction de François-Victor Hugo

    2Nous garderons cette typographie pour respecter la norme de l'édition choisie