Philosophesses et autres outsiders de la pensée

Chers lecteurs,
Je vous écris aujourd'hui afin de vous rappeler que vous avez le droit d'aimer lire et philosopher. Votre pratique de la littérature ne pourrait être la même sans la conscience que de nombreux enjeux sociaux, politiques, moraux et philosophiques noircissent les pages de ces bibliothèques que nous chérissons tous autant.
Cependant, le constat est navrant : la plupart des étagères de livres "classiques" sont remplies de littérature masculine, tout comme les ouvrages de philosophie. Pourquoi, comment y remédier ? Comment ouvrir les portes de notre monde aux philosophes étrangers ? Pas de panique, Philosophesses et autres outsiders de la pensée de Léa Waterhouse va nous aiguiller pour améliorer tout cela !
Un essai pour rappeler que la philosophie est une affaire de tous
Dans cet ouvrage, Léa Waterhouse met en avant le fait que la philosophie se pratique tous les jours, elle passionne et intéresse une large partie de la population. Elle se pratique partout et de bien des manières, que ce soit par la littérature, par le rap, par les correspondances et bien d'autres moyens encore. Contrairement aux idées reçues, il s'agit encore d'une méthode de réflexion qui existait bien avant la Grèce antique. La philosophie trouve plutôt son origine dans le continent africain et ce n'est que par un travail d'appropriation et d'invisibilisation que nous en serions venus à oublier cela. En effet, pour certains penseurs, tant que la philosophie n'est pas écrite, elle n'existe pas. Or, nous savons combien la tradition orale est essentielle à une époque où l'écriture n'est pas monnaie courante et aujourd'hui, nous ne pourrions décemment pas ignorer le travail des trouvères et des troubadours par exemple. Alors, pourquoi continuer de garder sous silence les autres traditions orales ?
Si l'autrice explique que la philosophie occidentale en est arrivée à effacer une partie des pensées, elle se penche également sur un autre sujet tout aussi considérable : l'invisibilisation des philosophesses. Elle mène son enquête dans différents pays d'Europe et sa conclusion est toujours la même : les femmes européennes philosophes ont été effacées de cette pratique. En effet, elles n'avaient pas accès aux études de philosophie qui est devenue une affaire d'hommes. Haut les cœurs ! À cœur vaillant rien d'impossible et les femmes ne se sont pas laissées faire. Si elles n'avaient pas le droit d'assister à des cours ou des cercles philosophiques, elles se mirent à écrire des correspondances et s'enrichir les unes les autres dans une sororité inégalée. Certaines femmes sont mortes ou ont subi de graves conséquences juridiques pour se faire connaître telles Olympe de Gouges et Angela Davis. D'autres ont particulièrement marqué des auteurs tels que Voltaire ou ont été soutenues à l'image de Virginia Woolf.

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Comment restituer la valeur des philosophesses et les pensées étrangères ?
Pour toutes ces femmes qui ont été oubliées ou cachées, il faudrait leur faire plus de place dans la culture philosophique de notre société, d'abord en les rendant plus visibles dans la liste des penseurs à étudier pour le baccalauréat, ensuite en leur permettant d'avoir accès au rayonnage de philosophie, sans chercher à les ranger dans les étagères du "développement personnel". Léa Waterhouse le rappel : ne pas laisser la place en philosophie aux femmes revient à considérablement appauvrir la matière puisqu'ils se ferment à la moitié de la population. Elle rappelle encore que le combat des femmes blanches philosophesses n'est pas le même que celui de femmes noires, qui ont, elles, perdu des droits d'égalité là où les femmes blanches devaient d'abord les gagner.
Elle souhaiterait aussi qu'on mette fin aux impostures masculines, à l'image de Descartes et de son fameux cogito, en fait copié de la philosophe Thérèse d'Avila, connue de ceux qui pratiquaient des études religieuses. Seulement, lorsque Descartes la découvre, il s'approprie son travail sans vergogne.
Il faudrait alors rendre à la fois plus accessible la philosophie et ressortir le travail de femmes telles qu’Olympe de Gouges, George Sand, Thérèse d'Avila, Emilie du Châtelet ou Vandana Shiva. Car, s'il est question de ne plus se limiter au travail des hommes, il est tout aussi important de se rouvrir à la philosophie étrangère dont nous avons quelques connaissances par ailleurs (karma, yoga, bouddhisme, etc.). En effet, le fond du problème est toujours là : le canon philosophique a tellement étouffé les autres penseurs qu'on en vient à ne plus avoir accès aux écrits des femmes et des philosophies extérieures. On a transformé le fait d'avoir de l'esprit critique en matière élitiste qui ne laisse d'ailleurs plus aux étudiants l'occasion de réfléchir par eux-mêmes. Puisque cette culture philosophique nous écrase, il faut se la réapproprier par tous les moyens possibles.
- Léa WATERHOUSE, Philosophesses et autres outsiders de la pensée, éditions Dalva, 2025 ;
- Titiou LECOQ, Les grandes oubliées, Proches, 2023 ;
- Titiou LECOQ, Le couple et l'argent, Proches, 2024.

