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    3 novembre 2020

    Souvenirs d'enfance de Marcel Pagnol

    Souvenirs d'enfance de Marcel Pagnol

    Le cycle « Souvenirs d’enfance » est composé de quatre romans : La Gloire de mon père (1957), Le Château de ma mère (1957), Le Temps des secrets (1960) et Le Temps des amours (1977, posthume).

    Ce cycle autobiographique trouve son origine dans la demande d’un magazine à Marcel Pagnol d’écrire une nouvelle pour Noël. L’auteur choisi de raconter l’aventure des châteaux décrite dans Le Château de ma mère. L’envie d’en raconter plus, de léguer à la postérité son histoire familiale germe dans son esprit et donnera naissance à ces quatre romans.

    Résumés

    La Gloire de mon père débute le jour de la naissance de Pagnol et s’achève sur la remise de la photo immortalisant le triomphe de son père : deux magnifiques bartavelles abattues grâce au « coup du roi ». Le roman nous présente les lieux et les personnages : Jospeh, le père, instituteur à Aubagne ; Augustine, la mère, douceà la santé fragile ; Paul, le petit frère, complice des meilleures bêtises ; Rose, la tante maternelle, et son époux, Jules, un fonctionnaire. Durant l’été 1904, Joseph et Jules décident de louer une villa perdue dans l’arrière-pays provençal. Cette région devient alors le théâtre des expérimentations, découvertes et aventures de Marcel et de Paul. Et surtout, de la chasse, introduite par l’oncle Jules.

    Le Château de ma mère prend la suite directe du premier tome. Marcel, rendu inconsolable à la rentrée des classes car il a dû quitter son bel arrière-pays, ne cesse de vouloir y retourner. Jospeh fini par se décider à emmener sa petite famille tous les weekends à la villa. Sauf que la route est longue. Très longue. Mais une rencontre vient leur faciliter la tâche : Bouzigue, ancien élève de Jospeh leur confie la clé du canal pour couper leur route. Les Pagnol doivent alors traverser quatre propriétés de châteaux. Un en particulier terrorise Augustine… Le dernier chapitre du roman fait un bond dans le temps pour dévoiler le secret du titre.

    Le Temps des amours reprend la narration là où l’avant-dernier chapitre du tome 2 l’avait laissée. L’heure est arrivée pour Marcel de tomber amoureux pour la première, et d’en subir les conséquences… Il faut dire que sa petite chérie, Isabelle de Montjamour, est un sacré numéro. Le dernier tiers du roman relate l’entrée de Marcel au collège. S’ouvre alors un monde rempli de nouvelles possibilités et rencontres.

    Le Temps des secrets prolonge l’action dans l’univers du collège du Thiers. Le thème de l’amour est réellement abordé à la fin du roman, lorsque Lagneau demande de l’aide à Pagnol pour l’aider à déclarer sa flamme à son amoureuse. (Je ne peux pas vous en dire plus que cela : c’est ce que j’ai lu sur la quatrième de couverture… avant de réussir l’exploit de perdre le livre chez moi… donc je ne l’ai pas encore lu… voilà, voilà).

    Mon avis

    Les romans familiaux sont souvent soit aimés soit détestés. Pour ma part, c’est une belle réussite. Les personnages sont traités avec douceur, même lorsqu’il se moque d’eux.

    Moi, je pensai que ‘‘de ma vie’’ je n’étais jamais monté dans un fiacre, et je courus m’y installer sans plus de façons ; les cousins en étaient moelleux, et je regrettais de n’avoir pas les fesses de l’oncle Jules pour en profiter plus largement. (Le Temps des secrets)

    En effet, le cycle Souvenirs d’enfance est avant une magnifique ode à l’amour familial. La figure du père modèle qui sait tout et sur qui on peut toujours compter, celle de la mère aimante et aimée dont la beauté provient énormément de sa fragilité, celle du petit frère capable du meilleur comme du pire pour embêter son frère. L’affection amicale est également très présente avec les personnages de Lili des Bellons et de ses camarades de collège.

    Tout cet amour pour ses proches se déploie avec finesse et justesse dans les scènes de repas ou de chasse, par exemple, où le petit Marcel s’amuse des disputes entre son père et son oncle à propos de la religion, ou se sent gonfler de fierté devant son père qui s’avère presque aussi adroit que son oncle à la chasse.

    Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est l’ingénieuse alliance de naïveté et d’espièglerie. Je m’explique. Pagnol raconte les événements avec sa voix de 1957-1960, celle d’un homme devenu grand-père. Cependant, toutes les actions et pensées sont justifiées avec la naïveté propre du petit garçon d’une dizaine d’années qu’il était. Les réflexions faites sont jugées selon les connaissances et les croyances de ce petit bonhomme. Mais le regard du vieil homme n’est jamais loin. Tantôt il défend son petit Lui avec la bienveillance d’un adulte, tantôt il maintient la justification puérile couplée d’une belle mauvaise foi.

    Je décidai donc de les [des mantes religieuses] étudier, c’est-à-dire que, pour déclencher une bataille entre les deux plus grosses, je les présentai de fort près l’une à l’autre, les griffes en avant. Nous pûmes alors continuer nos études par la constatation du fait que ces bestioles pouvaient vivre sans griffes, puis sans pattes, et même sans une moitié de tête… Au bout d’un quart d’heure de ce divertissement si gracieusement enfantin, l’un des champions n’était plus qu’un buste qui, ayant dévoré la tête et le thorax de l’adversaire, s’attaquait, sans se presser, à la seconde moitié, qui remuait toujours, un peu. (La Gloire de mon père)

    Et ce regard espiègle nous rend complice de ces aventures de vacances qui deviennent de véritables récits épiques, à l’image de ceux de Robinson Crusoé et Buffalo Bill qui hantent l’imaginaire de ce jeune Pagnol. Ainsi, le narrateur nous raconte ses explorations des collines provençales, hantées de sangliers et de rapaces immenses, sa fugue pour échapper à la rentrée, ou encore la relevé des petits pièges avec son ami Lili.

    Citations

    Ils essayèrent d’abord leurs tenues de chasse. Papa avait acheté une casquette bleue, qui me parut du plus bel effet, des jambières en cuir, et des souliers montants à semelle de corde. L’oncle Jules portait un béret basque, des bottes lacées par-devant, et une veste tout à fait spéciale, dont il faut que je dise un mot, parce que c’était un vêtement très remarquable. (La Gloire de mon père)
    Alors je ne posai plus de questions. J’étais heureux parce que je savais qu’il m’avait menti : oui, l était venu m’attendre, dans la grisaille de Noël, sous cette fine pluie froide dont les gouttes brillantes restaient accrochées à ses longs cils. Il était descendu des Bellons, mon petit frère des collines… Il était là depuis des heures, il y serait resté jusqu’à l’épaisseur de la nuit, avec l’espoir de voir paraître, au tournant de la route luisante, le capuchon pointu de son ami. (Le Château de ma mère)
    Enfin, quand nous rentrâmes à la maison – il était plus de neuf heures du soir – toutes les pièces de mon équipement furent installées dans ma chambre : les vêtements sur une chaise, les chaussettes neuves dans les souliers neufs, et sur la commode, un cartable giberne, que gonflaient mes cahiers, mon plumier, et ma blouse soigneusement pliée. Bref, ce nouveau départ dans la vie fut préparé avec autant de soin que le placement d’un spoutnik sur orbite, et j’allais bientôt découvrir que j’entrais, en effet, dans un nouvel univers. (Le Temps des secrets)

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    Sinon

    Pour un autre récit d'histoire familiale : René BARJAVEL, La charrette bleue