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    Analyser le registre fantastique

    Analyser le registre fantastique

    Lorsque nous évoquons les registres littéraires qui incluent des éléments irrationnels, il est important de distinguer deux types de tonalité : le fantastique dans lequel l'auteur ajoute des éléments surnaturels dans le monde réel et le merveilleux qui est en réalité un monde complètement imaginaire, où l'irréel ne l'est plus. Intéressons-nous d'abord au registre fantastique.

    Qu'est-ce que le registre fantastique ?

    Le fantastique, c'est l'hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel. 
    Tzvetan Todorov, Introduction à la littérature fantastique, 1970.

    Un panel d'émotion large menant à l'effroi

    Pour commencer, nous parlons d'un univers fantastique lorsqu'il y a une incertitude entre réel et irrationnel. Le monde où se passe l'histoire n'est pas tiré de l'imaginaire, il semble réel et répond aux lois de la logique. Le héros de l'histoire est d'ailleurs un homme lambda qui va être confronté à l'intrusion d'un ou de plusieurs éléments inexplicables et inquiétants dans la vie réelle. Le fantastique se définit alors par cette faille dans le réel.

    Chez le personnage principal, cette intrusion engendre un sentiment de peur ou d'inquiétude. Cela peut même atteindre l'angoisse et la panique de la victime. Toutes ces émotions s'amplifient par l'incertitude qui règne à propos de l'élément fantastique. Le héros comme le lecteur voudront trouver une explication logique aux événements et n'y parviennent pas.

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    Un cadre et des éléments clés à repérer

    Si on a peur de quelque chose, ce sera souvent d'une figure horrifique comme le diable, des monstres (vampires, loups-garous, morts-vivants), des esprits (fantômes, esprits vengeurs), etc. Le héros se trouve également la plupart du temps dans une atmosphère sombre ou effrayante. Cela peut être la nuit, pendant un orage, dans un lieu inquiétant (vieux château, etc.).

    Tous les éléments précédents appuient encore ce sentiment d'horreur et d'angoisse. Le héros ressent une forme de foi incrédule, il réalise qu'il ne peut rien faire contre l'entité et sombre peu à peu dans la folie. Le lecteur et les personnages sont eux-mêmes dans une hésitation continuelle entre raison et folie qui ne trouve pas de réponse claire à la fin du texte.

    Attention toutefois, avec Maupassant, il n'y a plus seulement la recherche de faire peur. Le fantastique n'est plus là seulement pour inquiéter, il se manifeste avant tout dans la perte de la raison. C'est le cas dans Le Horla où le lecteur peut légitimement se demander si le personnage devient fou où s'il y a un vrai monstre. Il en est de même dans Le portrait de Dorian Gray par exemple. Ses successeurs intégreront également les récits oniriques et une partie du surréalisme dans cette veine fantastique.

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    Procédés de mise en place d'une tonalité fantastique

    De nombreux éléments viennent mettre en place cette tonalité fantastique. Le premier point, particulièrement littéraire, est l'événement d'un élément déclencheur étrange et inexplicable par la raison. Le point de vue interne reste la norme afin d'être confronté à toutes les émotions et l'effroi de la victime. C'est un registre qui développe particulièrement le P1 et les émotions. En effet, le héros cherche une explication rationnelle sans y parvenir et nous observons la perte de la raison de ce dernier.

    ℹ️
    Les lexiques principaux :
    - Le lexique de l'angoisse, de la peur, de la fatalité, du désespoir ;
    - Lexique de l'étrangeté, mystère, du doute ;
    - Registre de l'enfermement, de la mort, de l'impuissance ;
    - Lexique de la rationalisation, de l'anormalité ;
    - Lexique de l'onirisme.

    Les thèmes vont assez bien également avec l'ambiance générale : la mort, les crimes, les esprits, les malédictions ou vengeances, etc. Nous retrouvons également des interrogations, souvent laissées sans réponses, des exclamations, des interjections et des apostrophes. Les antithèses également se font nombres (oppositions lexicales et syntaxiques par exemple).

    Jouant sur le registre du doute, vous trouverez des verbes de perception, du conditionnel, des modalisateurs et encore des phrases brèves. Il peut également y avoir des ellipses refermant du mystère, des comparaisons et des métaphores pour essayer de décrire l'inimaginable.

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    Exemple d'analyse d'extrait fantastique

    Un frisson courait dans toutes mes veines, et mes cheveux se hérissaient sur ma tête.
    À peine avais-je fini, une fenêtre s’ouvre à deux battants vis-à-vis de moi, au haut de la voûte : un torrent de lumière plus éblouissante que celle du jour fond par cette ouverture ; une tête de chameau horrible, autant par sa grosseur que par sa forme, se présente à la fenêtre ; surtout elle avait des oreilles démesurées. L’odieux fantôme ouvre la gueule, et, d’un ton assorti au reste de l’apparition, me répond : Che vuoi ?
    Jacques Cazotte, Le diable amoureux

    Dans ce court extrait tiré du roman Le diable amoureux de Jacques Cazotte, nous remarquons dès la première phrase l'utilisation d'un point de vue interne. Effectivement, nous assistons à la scène depuis son raisonnement ("je", "mes", etc.), ce qui nous permet notamment d'observer sa vie intérieure. Celle-ci semble prise par l'effroi puisque nous constatons des champs lexicaux de la peur, voire de l'horreur ("frisson", "se hérissaient", "horrible").