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    18 mai 2021

    Cinq oeuvres de Gustave Flaubert

    Cinq oeuvres de Gustave Flaubert

    En ce bicentenaire de la naissance de Flaubert, nous vous proposons de découvrir cinq de ses œuvres, toutes révélant une facette différente de son écriture. Au programme : un récit de voyage, un roman inachevé, un roman historique un poème en prose, un recueil de nouvelles.

    Par les champs et par les grèves : un récit de voyage

    En 1847, Flaubert part avec son ami Maxime Du Camps découvrir la Bretagne à pied. Cette destination n’est pas le fruit du hasard. Chateaubriand y a grandi et vécu jusqu’à ce que la Révolution le chasse en exil. Les deux amis décident de partir sur les traces de ce maître à penser du romantisme. La Bretagne bénéficie également au XIXe siècle d’une aura magique : terre de légendes, encore sauvage, loin de la civilisation de la capitale, un véritable retour à la Nature si chère aux romantiques.

    Flaubert nous présente ce qu’il voit et ce qu’il ressent. Globalement très satisfait de son voyage, il est cependant en désaccord avec Chateaubriand sur bon nombre de points. Par exemple, la ville de Brest est appréhendée comme le bout du monde, la porte vers l’infini que représente l’océan et l’au-delà que sont les Amériques. Du moins, cela est la vision de Chateaubriand. Flaubert est beaucoup plus marqué par la matérialité de la ville, son ancrage industriel et militaire :

    Quand vous n'êtes pas ingénieur, constructeur ou forgeron, Brest ne vous amuse pas considérablement. Le port est beau, j'en conviens ; magique, c'est possible ; gigantesque, si vous y tenez. Ça impose, comme on dit, et ça donne l'idée d'une grande nation. [...] En dehors de l'arsenal et du bagne, ce ne sont encore que casernes, corps de garde, fortifications, fossés, uniformes, baïonnettes, sabres et tambours.
    Le bateau qui ne voulait pas flotter, Farley Mowat - Culture Livresque
    Le bateau qui ne voulait pas flotter est considéré comme un classique de la littérature maritime. Il est vrai que tout matelot lisant ce roman se sentira rassuré sur son bateau ! Farley Mowat y raconte...

    Bouvard et Pécuchet : un roman inachevé

    Paru de manière posthume en 1881, Bouvard et Pécuchet est hélas un roman inachevé.

    Le récit suit deux hommes exerçant le métier de copiste qui se rencontrent par hasard et se découvrent une multitude de points communs. Devenus amis, leurs aventures débutent lorsque Bouvard reçoit un héritage leur permettant de réaliser leur rêve : acheter une ferme. À l'aide de leurs connaissances provenant uniquement d'ouvrages sur l'agriculture, ils décident de faire fonctionner eux-mêmes la ferme. Étant particulièrement incompétents et incapables de réellement apprendre à partir de livres, ils enchaînent bourdes sur bourdes. Et comme si cela ne suffisait pas, toutes les disciplines passent entre leurs mains maladroites : sciences, littérature, politique, philosophie, religion… Bref, ce roman tranche avec le reste de l’œuvre de Flaubert car il s’amuse à tourner en ridicule ses deux pauvres bonhommes à chaque page.

    Fort heureusement, Flaubert nous a laissé le plan qu'il avait prévu pour la fin de ce succulent roman. Le dernier chapitre qu'il a pu écrire raconte le raté de nos deux personnages à éduquer deux orphelins qu'ils ont recueillis. L’auteur prévoyait de clore son roman sur Bouvard et Pécuchet abandonné de tous, même des deux orphelins, revenant à ceux qu'ils savent faire de mieux : copier, autrement dit, leur métier d’origine, ce qu'ils savent faire de mieux.

    Ce roman est lié par la thématique de la "science sans conscience n'est que ruine de l'âme" à une autre toute aussi savoureuse : le Dictionnaire des idées reçues. En effet, nos deux héros ont beau lire encore et encore, les seuls savoirs qu'ils en retenir ne sont que des idées reçues, des clichés, des rumeurs. Ainsi, Flaubert, pour se moquer de la bêtise de l’Homme et de ses contemporains, s'est amusé à écrire tout un tas d'idées reçues sur la société du milieu du XIXe siècle. Cependant, cette œuvre est restée également inachevée...

    Ils virent enfin lever les petits pois. Les asperges donnèrent beaucoup. La vigne promettait. Puisqu'ils s'entendaient au jardinage, ils devaient réussir dans l'agriculture : - et l'ambition les prit de cultiver leur ferme. - Avec du bon sens et de l'étude ils s'en tireraient, sans aucun doute.
    Le premier point était d'avoir de bonnes couches. Pécuchet en fit construire une en briques. Il peignit lui-même les châssis, et redoutant les coups de soleil barbouilla de craie toutes les cloches. Il eut la précaution pour les boutures d'enlever les têtes avec les feuilles. Ensuite, il s'applique aux marcottages. Il essaye plusieurs sortes de greffes, greffes en flûte, en couronne, en écusson, greffe herbacée, greffe anglaise. Avec quel soin il ajustait les deux libers ! comme il serrait les ligatures ! Quel amas d'onguent pour les recouvrir ! [...] Mais la couche fourmilla de larves ; malgré les réchauds de feuilles mortes, sous les châssis peints et sous les cloches barbouillés, il ne poussa que des végétations rachitiques. Les boutures ne reprirent pas ; les greffes se décollèrent, la sève des marcottes s'arrête, les arbres avaient le blanc dans leurs racines ; les semis furent une désolation.

    Salammbô : un roman historique

    Publié en 1862, Salammbô est un roman historique s’inscrivant dans la mode orientaliste du XIXe siècle. Si la Bretagne romantique, légendaire, médiévale, sauvage, a attiré les romantiques, l’Orient est également une terre de fantasmes qui intriguent les auteurs : à la fois sensuelle avec les princesses sorties des contes des Mille et une nuits, les danseuses du ventre, le luxe, l'exotisme, etc. et en même temps violente, théâtre des Croisades et des affrontements entre barbares. Rédaction après Madame Bovary, Flaubert avait envie d'"épopées gigantesques" :

    J'ai voulu fixer un mirage en appliquant à l'Antiquité les procédés du roman moderne.

    Toujours à mi-chemin entre romantisme et réalisme, Flaubert a laissé son imagination prendre le pas par endroits et s'est permis de décrire un Orient fantasmé, comme tous ses contemporains, mais il a fait encore une fois preuve d’une très grande rigueur dans ses recherches prérédactionnelles pour ne pas trahir les faits historiques. En outre, il s'est même rendu à Carthage en 1858 pour mener des recherches plus poussées et s'imprégner de l'atmosphère de la ville.

    L'action de Salammbô se déroule au IIIe siècle av. J.-C. et a comme toile de fond un épisode appelé "la guerre des mercenaires". Lors de la première guerre punique qui opposa les villes de Rome et Carthage, cette dernière utilisa des mercenaires étrangers pour mener des attaques. Cependant, elle ne le leur versa pas la somme convenue à l'embauche. Les mercenaires ont alors attaqué la ville pour se venger.

    Le récit se concentre autour de la figure féminine de Salammbô, archétype de la femme orientale à la beauté sensuelle et dangereuse. Elle est la fille du général Hamilcar, l'homme qui a floué les mercenaires. Alors que les mercenaires ravagent la villa de son père, elle est celle qui parviendra à calmer tout le monde. C’est d’ailleurs à ce moment-là que l’amour de Mâtho, le chef des mercenaires libyens, naît l’amour pour la magnifique Salammbô ; amour hélas impossible, une tragédie à la Roméo et Juliette. Si vous n'êtes pas adepte des histoires d'amour tragiques, la lecture de ce roman vaut quand même la peine pour les descriptions splendides.

    Il arriva juste au pied de la terrasse. Salammbô était penchée sur la balustrade ; ces effroyables prunelles la contemplaient, et la conscience lui surgit de tout ce qu'il avait souffert pour elle. Bien qu'il agonisât, elle le revoyait dans sa tente, à genoux, lui entourant la taille de ses bras, balbutiant des paroles douces ; elle avait soif de les sentir encore, de les entendre ; elle ne voulait pas qu'il mourût ! À ce moment-là, Mâtho eut un grand tressaillement ; elle allait crier. Il s'abattit à la renverse et ne bougea plus.
    Le roman Médée. Voix de Christa Wolf - Culture Livresque
    Médée. Voix est une réécriture du mythe de Médée, la célèbre infanticide, épouse de Jason à la Toison d’or. Christa Wolf s’est emparée de cette histoire pour la retravailler au jour du féminisme et de sa propre vie...

    La tentation de Saint Antoine : un poème en prose

    Flaubert a réalisé trois versions de sa Tentation de saint Antoine. Une première en 1849 qui a désespéré ses amis Louis Bouillet et Du Camp. Une deuxième en 1856, dont des extraits ont été publiés dans la presse. Mais le procès en 1857 contre Madame Bovary a contrarié sa parution. Il faut attendre 1874 pour que la troisième version soit finalement publiée.

    Ce poème en prose n’est pas l’œuvre la plus évidente à lire de Flaubert. Très abstraite, elle traite de plusieurs thèmes propres au christianisme, à la métaphysique, à la philosophie, etc. Notre auteur raconte que l'inspiration pour ce poème en prose lui est venue de la contemplation du tableau La tentation de saint Antoine attribué à Pieter Brueghel le Jeune. Saint Antoine est aujourd'hui considéré par l’Église comme le père du monachisme chrétien, autrement dit, il est le premier homme à être devenu moine.

    Le tableau comme le poème relatent toutes les tentations que le Diable a imposé à saint Antoine : luxure, paresse, envie, pouvoir, etc. Dans la version de Flaubert, le saint raconte toutes ses mésaventures et les réflexions qu’elles lui ont inspirées en conversant avec des apparitions : son disciple Hilarion, une vieille femme, Mars, Vulcain, une Chimère, une Licorne, etc.

    Hilarion : Hypocrite qui s’enfonce dans la solitude pour se livrer mieux au débordement de ses convoitises ! Tu te pries de viandes, de vin, d’étuves, d’esclaves et d’honneurs ; mais comme tu laisses ton imagination t’offrir des banquets, des parfums, des femmes nues et des foules applaudissantes ! Ta chasteté n’est qu’une corruption plus subtile, et ce mépris du monde l’impuissance de ta haine contre lui ! C’est là ce qui rend tes pareils si lugubres, ou peut-être parce qu’ils doutent. La possession de la vérité donne la joie.

    Trois contes : Un coeur simple, La légende de saint Julien l’Hospitalier, Hérodias

    Ce recueil de trois nouvelles est la dernière œuvre que Flaubert a pu terminer. Publié en 1877, le projet a été commencé trente ans plus tôt.

    Un cœur simple relate la vie de Félicité, une bonne travaillant pour Mm eAubain. Elle élève Paul et Virginie, les deux enfants de son employeuse. Elle découvre le christianisme, prend soin de son neveu Victor. Sa vie est ponctuée de deuils et de rencontres.

    La légende de saint Julien l’Hospitalier revisite l’histoire de saint Julien, un fils de seigneur qui s’amuse à massacrer tous les animaux qui croisent sa route lors de ses parties de chasse. Un jour, un cerf le maudit et prédit que Julien tuera sa mère et son père. Il cesse un temps de chasser, mais manque de tuer sa mère lors d’un lancer de javelot. Parti en exil, il aide un empereur qui lui donne sa fille en mariage. Absent de son palais pour une partie de chasse, Julien ne sait pas que ses parents lui ont rendu visite. En rentrant, il les tue en passant assassiner sa femme et son amant. Fou de colère et de tristesse, il devient ermite et manœuvre une barque pour permettre à tous de passer une rivière dangereuse. Il meurt en rachetant son crime et se réconcilie avec Dieu.

    Hérodias se déroule en Palestine antique : dans la citadelle de Machaerous, Jean le Baptiste (Ioakannan) est le prisonnier d’Antipas. Jean dénonce fermement l’inceste entre Antipas et sa nièce Hérodias, qu’il a épousé lorsqu’elle quitta son frère. Hérodias a fait ce choix par cupidité et a peur que les accusations de Jean remettent en cause son mariage. Afin de se débarrasser de Jean, elle ordonne à Salomé, sa fille, de charmer Antipas en dansant et de lui demander en cadeau la tête de Jean.

    Les trois nouvelles sont liées entre elles par les thèmes du christianisme, de la sainteté, de la foi. Avec Félicité, le lecteur découvre la religion contemporaine, puis remonte au Moyen-Âge avec saint Julien et enfin au commencement avec Hérodias.

    Par ailleurs, ces récits peuvent être appréhendés comme fonctionnant en paire avec d’autres œuvres de Flaubert : Un cœur simple et Madame Bovary sont temporellement et géographiquement les plus proches de l’auteur. La tentation de saint Antoine et La légende de saint Julien l’Hospitalier traitent de la question de la sainteté à l’époque médiévale. Et l’orientalisme antique violent, sensuel et puissant est au cœur de Salammbô et Hérodias.

    Madame Bovary de Flaubert - Culture Livresque
    Madame Bovary est le genre de roman qui ne laisse personne indifférent. Soit vous êtes sous le charme du style de Flaubert, soit il vous a fallu beaucoup de courage (et une bonne motivation, comme le baccalauréat)...
    Ce jour-là, il lui advint un grand bonheur : au moment du dîner, le nègre de Mme de Larsonnière se présenta, tenant le perroquet dans sa cage, avec le bâton, la chaîne et le cadenas. Un billet de la baronne annonçait à Mme Aubain que, son mari étant élevé à une préfecture, ils partaient le soir ; et elle la priait d’accepter cet oiseau, comme un souvenir, et en témoignage de ses respects.
    Un cœur simple, Flaubert
    Une heure après, il rencontra dans un ravin un taureau furieux, les cornes en avant, et qui grattait le sable avec son pied. Julien lui pointa sa lance sous les fanons. Elle éclata, comme si l’animal eût été de bronze ; il ferma les yeux, attendant sa mort. Quand il les rouvrit, le taureau avait disparu. La légende de saint Julien l’Hospitalier, Flaubert
    Puis ce fut l’emportement de l’amour qui veut être assouvi. Elle danse comme les prêtresses des Indes, comme les Nubiennes de cataractes, comme les bacchantes de Lydie. Elle se renversait de tous les côtés, pareille à une fleur que la tempête agite. Les brillants de ses oreilles sautaient, l’étoffe de son dos chatoyait ; de ses bras, de ses pieds, de ses vêtements jaillissaient d’invisibles étincelles qui enflammaient les hommes.
    Hérodias, Flaubert

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