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    1 janvier 2020

    Ici n'est plus ici, Tommy Orange

    Ici n'est plus ici, Tommy Orange
    Nous avons organisé des pow-wows parce que nous avions besoin d'un lieu de rassemblement. [...] Nous continuons à faire des pow-wows parce qu'il n'y a pas tant de lieux que cela où nous puissions nous rassembler, nous voir et nous écouter.

    Résumé

    Ici n’est plus ici raconte l’histoire d’une douzaine d’Indiens né ou ayant grandi à Oakland. Ou plutôt, ce sont les personnages qui nous livrent un souvenir de leur vie. Tous ont un passé difficile et tentent de s’en sortir. Ils ont subi la violence des addictions, du « drôme », des violences physiques, des abandons, qui leur ont laissé des plaies béantes. Ils doivent faire avec et s’intégrer dans une société qui les croit disparus. Pour cela, il faut être résilient et s’adapter. Mais cela va provoquer, pour les générations suivantes, un questionnement sur leur culture.

    Les personnages, toute génération comprise, vont mener pendant de longues années une quête identitaire, ils ne savent plus qui ils sont : Indiens ? Américains ? Aucun des deux ? Comment se considérer comme Indien lorsqu’on ne vit plus sur ses terres, qu’on vit dans les villes et que tout ce qu’il reste de nos ancêtres, c’est une histoire trop lointaine pour s’en souvenir ? Tony, Calvin, Opale, Orvil et les autres se posent ces questions. Ils ne sont pas chez eux dans les réserves, leur maison est à Oakland, mais leur peuple ne vivait pas de cette manière, tout du moins, de ce qu’ils savent de la vie d’Indien.

    Ils cherchent des réponses et cela va les mener au Grand Pow-Wow d’Oakland. Ils y découvriront qu’ils sont Indiens dans leurs comportements, dans les traits de leurs visages. Ils comprendront que les traditions peuvent évoluer. Cet événement liera leurs destins. Mais certains d’entre eux, pour se sortir de la pauvreté et des erreurs du passé, vont commettre l’irréparable.

    Attrape-rêve indien

    Mon avis

    La lecture d’Ici n’est plus ici est agréable, le vocabulaire est simple et la longueur du livre ne se fait pas ressentir puisqu’il est découpé en de multiples petites histoires. On a l’impression de lire une tragédie où la mise en place est lente mais nécessaire, pour laisser place, aux derniers actes, à la rapidité du tragique du dénouement.

    Recherche identitaire

    J’ai regardé ma tête. Le drôme. Je ne l’ai pas vu. J’ai vu un Indien. J’ai vu un danseur.

    Tommy Orange, pour son premier roman, a le mérite de parler de ce qu’on ne dit pas : ce que sont devenus ces Indiens portant en eux la culture américaine. Il exprime parfaitement les doutes qui les submergent et la recherche de leur origine.

    La recherche identitaire est une quête qui touche toute personne sensible, mais il s’agit d’une question primordiale pour des personnes dont le peuple a été massacré. Ils savent à leur peau basanée qu’ils sont Indiens, mais ils ne ressentent pas toujours leur appartenance à cette communauté dispersée.

    Briser les clichés

    Nous ne nous sommes pas installés en ville pour mourir. Les trottoirs et les rues, le béton, ont absorbé notre lourdeur. Le verre, le métal, le caoutchouc et les câbles, la vitesse, les masses déferlantes – la ville nous a avalés.

    Si le roman est une fiction, la préface du livre relate les violences subies par les Indiens au cours de l’histoire, ce qui donne le ton pour comprendre le parcours de vie des personnages que nous rencontrons.

    Tommy Orange, en écrivant ce roman, a voulu casser les clichés, présenter les Indiens urbains, ceux qui vivent et qui ont grandi dans les villes. Il ne veut plus qu'on s’imagine les Indiens seulement avec des plumes sur leurs vêtements, vivant dans les tipis, lorsqu'on pense à son peuple. Et c'est avec talent qu'il nous montre les traditions indiennes évoluer et se moderniser.

    Ce qui me chatouille...

    les coups de feu viendront de partout, du dedans, du dehors, du passé, du futur, du moment présent, et nous ne saurons pas tout de suite où est le tireur

    Ce qu’on pourrait reprocher à ce roman choral est de parler de beaucoup de personnages sans les approfondir. Au début, il faut faire des allers et retours entre les personnages, car les histoires s’imbriquent les unes dans les autres, de manière parsemée, en ne faisant que des références à des noms encore inconnus.

    Un autre élément trouble légèrement la lecture : la chronologie est bouleversée puisqu’elle n’est ni chronologique, ni antéchronologique. Cependant, à la fin de l’ouvrage, la temporalité est presque rétablie ce qui crée une meilleure transition entre les personnages et une sensation d’accélération. Cela accentue également l’impression d’incertitude et de suspense tant apprécié par le lecteur.

    Citations

    Se déglinguer semble la seule chose qui nous reste à faire, continua-t-il. Le problème, ce n’est pas l’alcool. Il n’y a pas de lien particulier entre les Indiens et l’alcool. Simplement, ça n’est pas cher, c’est disponible à volonté, et c’est légal. C’est ce vers quoi on se tourne quand on a l’impression qu’il ne nous reste rien d’autre.
    Les gens ne veulent rien de plus qu'une petite histoire qu'ils peuvent rapporter chez eux, pour la raconter à leurs amis ou à leur famille pendant le dîner, pour dire qu'ils ont vu un véritable Amérindien dans le métro, qu'il en existe encore.

    Si ce livre vous intéresse :