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    23 juin 2020

    Rivage de la colère de Caroline Laurent

    Rivage de la colère de Caroline Laurent

    Ce roman est le deuxième de l'autrice Caroline Laurent, après un premier coécrit avec Eveline Pisier : Et soudain la liberté. Rivage de la colère nous fait découvrir trois personnages centraux : l'un qui ouvre le roman dont le nom est dévoilé très tard, puis deux autres marqués dans une temporalité plus ancienne : Marie et Gabriel. Le grand inconnu portera le souvenir des nos deux personnages mais aussi et surtout leur combat dans une fresque historico-familiale.

    Résumé

    La colère, c'est celle de Gabriel, qui doit cacher à Marie, celle qu'il aime, que son départ de l'île serait définitif. C'est celle de Marie, qui est contrainte à l'exil par l'armée, elle qui vivait paisiblement sur son île. C'est celle des habitants, envoyés dans un bidonville après avoir voyagé dans les soutes des bateaux, alors que les animaux étaient mieux traités qu'eux. Les rivages des îles Chagos, de Diego Garcia disparaissent de leurs vies. Mais la colère sera aussi celle du troisième héros, qui mène un combat sans merci contre les autorités du monde et contre la colonisation de leurs terres : il se battra pour avoir à nouveau le droit de vivre sur son île.

    Mon avis

    Une démarche littéraire honnête

    Comment mêler son témoignage réel aux souvenirs de ma mère, à ce que j'ai lu ici et là, à ce que m'apprennent les photos de l'époque ? Le passage du réel à la fiction me semble aussi nécessaire que problématique. Faire un roman, un pur roman, me mettre au service exclusif de la narration, et tricher parfois avec les faits et la chronologie.

    Ce qui fait la force de ce roman, c'est la démarche littéraire de Caroline Laurent. A la fin de son livre, dans une postface, elle explique ce qui l'a motivé à écrire et la façon dont elle l'a fait. Ces démarches ne tiennent pas seulement de la fiction, elle a fait des recherches, des rencontres et des voyages. Elle est franco-mauricienne et reçoit les souvenirs de sa mère.

    Ce qu'elle écrit, bien qu'elle soit "au service de la fiction" est également un témoignage masqué, un combat à part entière pour faire connaître et reconnaître un problème de société ignoré. N'oublions pas que la fiction est le meilleur moyen pour faire passer un message littéraire et politique.

    L'aspect romanesque : une histoire d'amour impossible

    Le métissage, c'est toujours trop ou pas assez. Il n'y a pas d'équilibre. Pas de recette, pas de dosage. Quoi que vous fassiez, vous serez pris pour celui que vous n'êtes pas.

    Cette histoire est aussi celle de Marie et de Gabriel, qui tombent amoureux malgré les interdictions alentours. Marie est Chagossienne, elle a le teint noir et n'a pas été à l'école, parle dans son patois. Gabriel est blanc, il est mauricien et son père est raciste. Mais Gabriel tombe amoureux de Marie, et de cet amour naîtra un enfant.

    Rivage de la colère, c'est aussi le déchirement de Gabriel, à qui on conseille de cacher son amour avec Marie. On lui dit qu'il ne devrait pas montrer son fils, trop noir : comme un chagossien. Son père, plus tard, dira regretter de ne pas être grand-père et proposera de l'argent au premier de ses enfants qui aura un héritier, mais lorsque l'existence du fils noir de Gabriel sera révélée, il préférera retirer son offre. Le racisme de ce père est tout représentatif d'un autre problème aussi actuel et problématique que celui du grand combat des chagossiens.

    Le combat politique : un roman qui fait Histoire

    Chaque procès gagné par les Chagossiens a été renversé ensuite par la justice britannique. Qu'adviendra-t-il de celui-ci ?

    La littérature a toujours joué un rôle primordial dans les avancées des connaissances et des luttes sociales. Rivage de la colère s'inscrit dans cette longue lignée des romans engagés qui font réfléchir. Il nous donne à penser l'occupation des îles Chagos et le déplacement forcé de populations autochtones à des profits militaires.

    Vous découvrirez l'île Maurice et son archipel, sous la plume de Caroline Laurent, dans sa lutte pour l'indépendance et les accords passés au profit du Royaume-Uni, au détriment des habitants vus comme des "tarzans" ou des "Robinson Crusoé". Et cela seulement pour des raisons militaires... Ce que Caroline Laurent met joliment en avant, c'est l'ignorance des habitants Mauriciens et du reste du monde sur certains déplacements illégaux de population, les luttes de ces déportés et leur vie mi-imaginaire mi-réelle, et celle de Joséphin, qui mène le combat des origines.

    Citations

    Les Britanniques visaient un plan en trois étapes. D'abord, encourager les départs volontaires, sans préciser aux voyageurs que le retour sur l'île leur serait interdit. Ensuite, pousser les gens à partir d'eux-mêmes en stoppant l'acheminement de vivres et de biens via les navires de ravitaillement. Enfin, face à d'éventuels récalcitrants, ne pas hésiter à employer la force.
    Quand on a été forcés de partir, on a perdu tout ça. On a perdu nos biens matériels et immatériels ; on a perdu nos emplois, notre tranquillité d'esprit, notre bonheur, notre dignité, et on a perdu notre culture et notre identité.
    Sa conclusion tombe d'elle-même : "Si les Chagossiens avaient été blancs, jamais ils n'auraient été chassés de cette façon"
    Tu comprends Joséphin ? Tout n'est pas à vendre. On n'achète pas la dignité. On n'achète pas un pays. On n'achète pas l'âme ou la foi. Certaines choses sont sacrées et doivent le rester.

    Si ce livre vous intéresse :