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    27 décembre 2022

    La princesse de Clèves de Mme de La Fayette

    La princesse de Clèves de Mme de La Fayette

    Madame de La Fayette écrit La princesse de Clèves à un fort moment d’affirmation culturel des femmes. Elles envahissent alors la littérature et cette autrice en particulier inaugure la brillante tradition française du roman d’analyse. Grâce à elle, nous verrons naître Manon Lescaut de L’abbé Prévost, Adolphe de Benjamin Constant ou encore Thérèse Desqueyroux de François Mauriac, entre autres.

    Petit résumé de La princesse de Clèves

    Après une fastueuse description de la cour, nous découvrons une jeune femme très belle et qui fait sensation à son arrivée dans le grand monde. Il s'agit de la fille de Mme de Chartres. Mlle de Chartres rencontre ainsi les personnes les plus élégantes de la ville et éblouit par son éducation aussi réussie que sa beauté.

    Un jour, dans une boutique de joaillerie, elle est aperçue par le prince de Clèves qui tombe immédiatement amoureux de cette femme, comme beaucoup d'autres hommes à la cour. Après avoir discuté quelques fois avec elle et vaincu les contraintes imposées par sa famille (notamment car elle de rang inférieur à M. de Clèves), il parvient à l'épouser avec l'accord de Mlle de Chartres et de sa mère.

    Toutefois, peu de temps après le mariage, elle tombe follement amoureuse du duc de Nemours qui développe lui aussi une passion pour elle. Évidemment, cette relation interdite ne peut avoir lieu dans une bonne société. Elle mène ainsi un combat contre elle-même et sa passion pour rester fidèle à M. de Clèves, malgré les gestes amoureux du duc. Son histoire, c'est alors celle d'un combat pour rester fidèle à l'homme qu'elle s'est choisie sans pourtant parvenir à l'aimer. C'est une lutte de la vertu contre la passion.

    Le cadre historique dans La princesse de Clèves

    Pourquoi y a-t-il autant de descriptions du cadre historique dans ce livre ?

    L’action racontée dans La princesse de Clèvesse déroule dans l’histoire récente. En effet, nous nous retrouvons à la cour de Paris entre 1558 et 1559, années spectaculaires puisqu’il s’est produit trois mariages princiers et le fameux tournois dans lequel Henri II à trouver la mort. Cette période a donc marqué l’époque puisque l’Histoire y est abondante. D’ailleurs, l’histoire se veut au plus proche de ce qui s’est passé puisque le titre original du roman portait le nom de "mémoires" :

    C’est proprement des Mémoires et c’était, à ce que l’on m’a dit, le titre du livre, mais on l’a changé.
    Mme de La Fayette

    Dans ce roman important pour l’histoire littéraire se dessine une peinture des mœurs de la cour. Elle ressemble alors un peu à celle de Louis XIV un siècle plus tard avec toutes ses galanteries. Cela permet d’intéresser le public du dernier tiers du siècle, lassé des romans-fleuves et des romans héroïques incarnés par La Clélie ou Le grand Cyrus de Mme de Scudéry. On revient alors à une mode des récits brefs et linéaires (sans retour en arrière) dont l’histoire se situe dans une époque récente, voire contemporaine.

    Le roman écrit par Mme de La Fayette est aussi un outil de critique de certains travers de la société. Ils sont dénoncés sans complaisance, notamment l’hypocrisie de la noblesse qui se veut digne et noble, mais qui vit en réalité dans l’impiété et ne vivent que pour les commérages et le mensonge. Mme de la Fayette écrit notamment : "On songeait à s'élever, à plaire, à servir ou à nuire".

    Contextualiser les scènes de La princesse de Clèves par rapport à l’histoire

    Pour éclairer un lecteur peu au fait des événements historiques de l’époque, il faudra peut-être contextualiser quelque peu une partie des scènes présentes dans le roman. Pour ce qui est de la rencontre entre Mme de Clèves et M. de Nemours, elle a lieu lors du bal de Claude de France. Elle est la seconde fille du roi de France Henri II et épouse, en présence de toute la cour, le duc de Lorraine aussi mentionné dans ce livre.

    Cette rencontre rappelle l’importance sociale des deux personnages lors de leur rencontre et instaure pour le public de l’époque un cadre prestigieux. Un rappel se produit lors de la dernière entrevue entre Mme de Clèves et M. de Nemours, à la veille du départ de ce dernier qui a pour mission d’accompagner Claude de France en Espagne.

    Pour ce qui est du duel dans lequel le roi trouve la mort, il s’agit d’un moment clé dans l’Histoire puisqu’il était tenu en l’honneur du mariage de la sœur du roi avec le duc de Savoie ainsi que du mariage d’Elisabeth, la fille aînée du roi Henri II avec le roi d’Espagne. Il marquera également un autre tournant pour cette famille royale puisque le roi ne s’en sortira pas (un morceau de lance est resté coincé dans son œil).

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    L’amour au centre du roman de Madame de La Fayette

    Le sujet principal du livre est l’amour entre les personnages nobles, beaux et bien faits. Ce qui intéresse lorsqu’on pense à l’amour est moins la couleur historique déjà largement employée que la vérité humaine. On place au premier plan la subtilité psychologique des personnages, notamment de la princesse de Clèves à travers les yeux de qui on perçoit presque toute l’histoire narrative.

    Point commun et distinction de l’art des Précieuses

    Cette analyse psychologique garde de nombreux points communs avec l’analyse des précieuses. Les plus importants sont la reprise des phases des trois tendres composés de l’estime, puis de la reconnaissance qui s’achève sur l’inclination. Si Mme de La Fayette tend à développer une langue sobre, certains passages gardent cette tendance des précieuses pour les adjectifs en -able à foison.

    Autre point important montrant la divergence avec les romans-fleuves et héroïques : l’idée d’un coup de foudre et d’un amour coupable est aux antipodes du schéma des romans héroïques de l’époque. Cette histoire laisse d’ailleurs place au cœur humain et aux troubles qui composent l’être humain. D’ailleurs, la construction linéaire et épurée marque également une distanciation avec ce qu’écrivaient les précieuses.

    La place du pessimisme dans sa notion de la relation amoureuse (et conjugale)

    Dans ce roman, une certaine nouveauté se fait sentir dans la façon dont l’amour est traité. En effet, l’autrice n’hésite pas à teinter ses personnages d’une forme de pessimisme dans leurs relations amoureuses. L’amour conduit ici à une souffrance inévitable et à l’échec. L’échec du prince de Clèves de se faire aimer de sa femme, celui du duc de Nemours de ne pas obtenir celle qui aime et le double échec de la princesse de Clèves qui ne parvient pas à rassurer suffisamment son mari pour l’honorer comme il se doit et se voit dans l’obligation de renoncer à celui qui aurait pu être son amant.

    Ce pessimisme transparaît à travers le développement psychologique du roman. En effet, Jean Fabre parle de La princesse de Clèves comme d’un "récit intérieur" et cela correspond parfaitement au projet. En effet, Mme de La Fayette parle de l’esprit et du cœur de ses personnages, notamment à travers la psychologie de la jalousie. Pour donner des exemples de la jalousie, en voici : la jalousie du mari qui n’est pas aimé de sa femme, de la princesse de Clèves lorsqu’elle lit la lettre attribuée au duc de Nemours et du duc lui-même face à la relation de la princesse avec son mari.

    💡
    En parlant de la psychologie dans La princesse de Clèves...
    Lorsque Mme de La Fayette développe la psychologie de ses personnages, elle le fait aussi en parlant des vertus de chacun d’entre eux et elle le prouve en passant au discours indirect (voire direct par moments) ce que les personnages se disent à eux-mêmes. Le dialogue amène également l’action, la psychologie devient ainsi motrice et non pas seulement étude.

    Quelques mots sur la réception de l’œuvre et la polémique autour de la figure d’auteur

    Il faut savoir tout d’abord que La princesse de Clèves a été imprimé et publié anonymement. Si Mme de la Fayette a très vite été suspectée, il est fort probable qu’elle ne soit pas la seule à avoir écrit le livre, ce qui explique en partie la raison pour laquelle elle n’aurait pas voulu paraître comme auteur. En effet, si elle est sûrement la décisionnaire de tout ce qui se déroule, elle aurait confié la rédaction de certaines scènes à ses amis. Attention, cela n’a jamais remis en question son statut d’autrice et son perfectionnisme en est une preuve. Outre cette question d’auteur(s), cela lui permettait également de protéger ses intérêts aristocratiques tout en profitant d’une mode de la littérature anonymisée.

    En ce qui concerne maintenant la réception du livre, il faut savoir que l’œuvre a fait grand bruit. La scène de l’aveu au mari particulièrement a fait couler beaucoup d’encre. La réception est très partagée concernant l’œuvre. Si certains trouvent une certaine audace dans la démarche de déclarer sa passion pour un autre à son mari, d’autres y voient une révélation invraisemblable. La princesse de Clèves a tellement fait parler de lui que l’ouvrage a été le premier à avoir le droit des articles dans la presse (ex : Le Mercure Galant en 1678). Ce roman lance donc de nombreuses nouveautés, ce qui explique pourquoi il est si étudié en cours de littérature.

    Citations

    Elle tenait cette lettre avec une main tremblante ses pensées étaient si confuses qu'elle n'en avait aucune distincte et elle se trouvait dans une sorte de douleur insupportable, qu'elle ne connaissait point et qu'elle n'avait jamais sentie.
    Est-il possible que l'amour m'ait si absolument ôté la raison et la hardiesse, et qu'il m'ait rendu si différent de ce que j'ai été dans les autres passions de ma vie ?
    Je vous adore, je vous hais je vous offense, je vous demande pardon je vous admire, j'ai honte de vous admirer. Enfin il n'y a plus en moi ni de calme ni de raison.

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    // lastname: La Fayette (Mme de) // firstname: // title: La princesse de Clèves