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    18 février 2020

    Rentrée littéraire 2020, Écorces, Hajar Bali

    Rentrée littéraire 2020, Écorces, Hajar Bali

    Ecorces est le premier roman de Hajar Bali. Elle écrit depuis 2009 des pièces de théâtre et des nouvelles et est professeur de mathématiques (comme Nour). Elle évoquait déjà dans ces écrits les travers de l’être humain et les drames de la vie courante. Elle cherche aussi à faire connaître l’histoire de son pays, l’Algérie.

    Résumé

    Nour a l’impression d’avoir trois mères : son arrière-grand-mère Baya, sa grand-mère Fatima et sa mère Meriem, avec qui il vit encore à 23 ans. Les trois femmes le surprotègent, il est le dernier homme vivant de la famille. Mais l’arrivée de Mouna dans sa vie va tout changer, cette femme étrange va réveiller des secrets enfouis dans la famille de Nour.

    Baya est une femme forte qui a kidnappé Haroun, son fils, gardé par la famille du père qui voulait un héritier sans cette seconde femme. Haroun a ensuite été condamné car il a voulu participer à un Coup d’Etat contre le maire de la ville. Il a été emprisonné de longues années avant d’en sortir, sans jamais avoir cherché à se défendre contre les chefs d’accusations. Il en sera de même de Kamel, le fils d’Haroun, le père de Nour. Il a de mauvaises fréquentations, sans pour autant l’avoir cherché, ni évité. Il sera condamné « pour ne pas avoir parlé ».

    Pour faire face à la vie, les trois femmes vont faire front commun pour lutter contre les obstacles : famine, guerre, terreur, terrorisme. A elles trois, elles couvent Nour à l’étouffement. Baya a survécu à son fils et son petit-fils, alors cette femme toujours assoiffée, qui n’a plus que le souvenir du figuier à offrir, ne veut pas que Nour suive le chemin de ses aînés.

    Mais l’histoire principale, c’est celle de Nour, essayant d’échapper à l’emprise de ces trois femmes. Lui qui cherche désespérément à avoir une vie sociale sans inquiéter sa famille. Lui qui veut se faire aimer de Mouna, la première fille qui s’intéresse à lui, ou plutôt, à l’histoire de sa famille. Mais ce qu’il trouvera, en Mouna, ce n’est pas l’amour, c’est le secret révélé par Kamel, peu avant sa mort, à Meriem.

    Mon avis

    Une saga familiale : de la politique à l'intime

    Ecorces est une saga familiale qui traite des sujets ordinaires, en temps de colonisation et de terrorisme. Ce contexte est évoqué comme une cause dont les effets sont le drame principal. Toutes les voix s’entremêlent. Lorsque le narrateur s’exprime, les pensées des personnages s’y intègrent en italique. La voix des souvenirs se fait aussi entendre. Pourtant, c’est l’indicible qui règne.

    Des personnages forts et très vivants

    Les personnages ont des engagements politiques forts, et ils nous montrent que, ne pas lutter à haute voix a parfois plus de signification qu’une parole inutile. C’est ce que font les hommes de la famille dont la volonté est de trouver un autre langage, non conforme, ou de se taire, eux qui n’ont le droit de décider de rien dans ce système matriarcal.

    Selma s’est fait sa petite idée du drame. Le père comme beaucoup, est coupable de n’avoir rien dit.

    Le roman est construit sur l’incapacité des personnages à parler : Baya ne dit pas toute son histoire, Haroun et Kamel ne dénoncent pas les hommes qui ont commis un attentat alors qu’ils auraient gagné leur liberté. Kamel est incapable de dire qu’il est le père de Mouna. Mayssa ne sait pas dire ses sentiments autrement qu’en jouant du piano. Leur fille, Mouna, associable, note toutes les phrases non prononcées dans un carnet. Seul Nour, dont le nom signifie « lumière », ose sortir de ce schéma en racontant sa vie et en essayant de sortir de sa prison familiale.

    Citations

    Lequel, de l’homme, de sa première femme, ou de Baya, n’est pas l’instrument d’une volonté qui le dépasse ? Se soustraire à ce que l’on croit être légitime était-il même envisageable ?
    Elle a du mal encore aujourd’hui à exprimer le fond de sa pensée, surtout en public ; on assume toujours malgré soi les « maladies honteuses des siens. »
    Les mots ne peuvent pas franchir la barrière du corps sans se diluer ou se caser dans un formalisme admis, ils échelonnent, organisent, imposent une chronologie du récit, détruisent finalement la vaste immédiateté de l’univers de sensations qui pleuvent comme un miracle sur ses yeux écarquillés.
    Tout allait pour le mieux. Mais Haroun grandissait et la guerre a éclaté. On appelait encore ça les événements. Et juste après, ils l’ont pris.
    Je sais que tout état était indicible. Je sais, maman. Mais moi, je ne suis pas votre erreur, je suis vous.

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