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    2 février 2021

    Balzac et la Petite Tailleuse chinoise

    Balzac et la Petite Tailleuse chinoise

    La Petite Tailleuse chinoise est un roman de Dai Sijie qui a fait sensation au moment de sa sortie. Il raconte avec douceur et humour le destin de 4 jeunes gens sous la politique de Mao. Mais ce n'est pas tant l'histoire de la dictature qui l'emporte ici, ce sont les histoires de ces jeunes qui découvrent un monde pauvre et rustique en même temps qu'ils développent un sens littéraire.

    Résumé

    Deux lycéens sont envoyés en rééducation dans une Chine prolétarienne. La rééducation est destinée à rendre la jeunesse conforme à ce que la Chine de Mao attend d'elle. Seulement, beaucoup de ces intellectuels, ces jeunes gens nés dans les "bonnes familles d'avant", devenues les ennemis de l'Etat, ne reviendront jamais. Seulement 3 sur 1 000 peuvent sortir de la rééducation, au bon vouloir de l'Etat et des chefs de villages, perdus dans la montagne. Sans eux, sans le soutien d'une personne extérieure, peu d'entre eux auront une chance de retrouver une vie normale.

    Luo et le narrateur font partie de ces jeunes gens envoyés dans des villages pauvres et perdus pour être remodelés selon les attentes de la Chine prolétarienne. C'est alors qu'ils découvrent, au hasard d'une rencontre, une valise pleine de livres. Des livres de Balzac, de Hugo, de Dumas et d'autres européens tous plus importants les uns que les autres dans l'histoire littéraire qu'est la nôtre. Ce sont des traductions faites par un homme maintenant considéré comme un ennemi de l'Etat. Mais ces traductions vont faire grandir nos jeunes gens. Ils vont aussi modifier le destin de la Petite Tailleuse qui prend son destin en main… et échappe à ses "créateurs".

    Parler d'un événement historique sans en faire toute une histoire…

    Dans ce roman de Dai Sijie, le narrateur raconte son histoire, celle de sa famille et de ses amis. Il raconte à travers eux le destin de tous les Chinois qui sont vite perçus comme les ennemis de l'état par le président Mao. C'est le début de sa dictature et il fait le tri entre les personnes ayant du pouvoir grâce à la culture, à la connaissance et aux autres. Si un homme ne convient pas aux attentes, il est amené en prison ou, avec de la chance et s'il est jeune, dans un camp de rééducation.

    Ici, Dai Sijie parle du travail dans les mines, les durs labeurs, les poux, les conditions de vie des jeunes en général. Ils sont souvent lynchés, ils doivent travailler au même titre que les autres, ils risquent les mêmes choses que les autres villageois. Mais personne ne le voit, en dehors de ces jeunes qui doivent continuer d'espérer être ramené à la vie en ville, près de leurs familles. Mais Dai Sijie ne parle, dans ce roman, de la situation politique qu'à titre contextuel. Le plus important, c'est ce qu'il se passe pendant cette rééducation.

    Parler de la littérature et de son rôle dans la société

    Le rôle que prend la littérature dans la vie des deux jeunes garçons

    Pour ces garçons qui n'ont jamais vraiment eu l'occasion de lire, qui ont été éduqués à travers le petit livre rouge, découvrir de la véritable littérature était inespéré. Toute la littérature a été censurée, les livres ont été brûlés. Miraculeusement, le Binoclard, cet ami qui ne l'était pas tant que cela, finalement, a réussi à sauver une mallette, une valise remplie de livres.

    La littérature va alors jouer un rôle décisif dans la vie des deux garçons. Les jeunes gens vont apprendre et comprendre certains sentiments à travers les livres. Ils vont découvrir un monde qu'ils ne connaissent pas. Ils développent leur sens et en cela, la rééducation a échoué. Ils devaient redevenir des campagnards, ils se transforment en conteur pour tout le petit village montagnard.

    L'aboutissement de la découverte littéraire sur la Petite Tailleuse chinoise

    C'est aussi à travers cette littérature que Luo espère éduquer la Petite Tailleuse. Elle est belle, la plus jolie fille des Montagnes du Phœnix. Mais elle est ignorante. Elle a cette culture montagnarde peu raffinée qui ne plaît pas au jeune homme. Alors il veut l'éduquer, la transformer à travers la littérature. Il est persuadé que la littérature et Balzac la feront grandir.

    En revanche, s'il voulait une femme cultivée pour lui, il perd tout droit sur elle. La littérature l'a rendue libre, elle s'est abstraite des chaînes de l'auteur qui voulait en faire son œuvre. La littérature peut tout, même changer une petite fille en femme. Elle n'est plus la Petite Tailleuse chinoise, elle n'est plus non plus la possession de deux hommes. Elle est une femme qui dévore le monde comme elle a dévoré les héros des romans qu'on lui a lus. Elle est devenue femme et personnages de littérature, libre dans la vie et emprisonnée entre les pages de Balzac et la Petite Tailleuse chinoise car elle s'incarne en personnage héroïque et romantique.

    Citations

    Nous fûmes surpris de voir comment le réveil prit sur les paysans un véritable pouvoir, presque sacré. Tout le monde venait le consulter, comme si notre maison sur pilotis était un temple.
    Brusquement, comme un intrus, ce petit livre me parlait de l'éveil du désir, des élans, des pulsions, de l'amour, de toutes ces choses sur lesquelles le monde était, pour moi, jusqu'alors demeuré muet.
    Nous nous approchâmes de la valise. Elle était ficelée par une grosse corde de paille tressée, nouée en croix. Nous la débarrassâmes de ses liens, et l'ouvrîmes silencieusement. À l’intérieur, des piles de livres s'illuminèrent sous notre torche électrique; les grands écrivains occidentaux nous accueillirent à bras ouverts: à leur tête, se tenait notre vieil ami Balzac, avec cinq ou six romans, suivi de Victor Hugo, Stendhal, Dumas, Flaubert, Baudelaire, Romain Rolland, Rousseau, Tolstoï, Gogol, Dostoïevski, et quelques Anglais: Dickens, Kipling, Emily Brontë...
    Balzac lui a fait comprendre une chose: la beauté d'une femme est un trésor qui n'a pas de prix.

    Si ce livre vous intéresse :

    Sinon...

    Vous pouvez découvrir L'ombre du vent de Carloz Ruiz Lafon qui parle lui aussi de la littérature, et d'un cimetière de livres oubliés… Regorgeant d'ouvrages tous plus différents les uns que les autres. Dans ces deux romans, les frontières entre la littérature et le réel semblent parfois être poreuses.