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    16 juin 2020

    L'Ombre du Vent de Carlos Ruiz Zafon

    L'Ombre du Vent de Carlos Ruiz Zafon

    Daniel Sempere, dix ans, découvre le Cimetière des Livres oubliés en compagnie de son père, une nuit de l’été 1945. Il doit choisir un livre dont il devra prendre soin. Ce sera L’Ombre du vent de Julián Carax : une révélation. Sauf que personne ne connaît ce Carax… Commence alors une quête d’une décennie pour remonter le temps et découvrir qui il est.

    Le(s) genre(s) de L'Ombre du vent

    L’Ombre du vent est le premier tome du cycle Le Cimetière des Livres oubliés. Ce roman est fascinant par sa construction et son style. Il est un roman initiatique où l’on voit Daniel, le narrateur principal, grandir au fil des rencontres marquant son avancée dans sa quête. Mais cette œuvre est également un thriller car notre jeune héros cherche à savoir qui est ce mystérieux Julián Carax. Et cette quête prend place dans un décor de roman historique, celui de la Barcelone d’après-guerre. Ce contexte permet à la quête littéraire de Daniel de prendre de l’épaisseur en laissant la politique s’inviter. Enfin, le fantastique, personnifié par le personnage de Laïn Courbet, renforce un peu plus le voile de secrets qui règne dans la vie de Daniel.

    Si l’histoire principale, celle de la quête de Daniel est donc un savant mélange de roman initiatique, historique et de thriller, elle sert d’écrin à la trame secondaire, celle des histoires d’amour entremêlées qui se heurtent et se télescopent. Je rassure tout de suite les allergiques des romans sentimentaux : L’Ombre du vent n’en est pas un. Ces histoires d’amour sont l’un des nœuds de l’intrigue, ses points d’articulation, mais le roman se lit bel et bien comme une enquête.

    Peut-être auriez-vous souhaité un résumé un peu plus précis de l’histoire ? Je ne peux pas dire plus que ce que je viens de présenter sans gâcher l’intrigue. J’ai dévoré ce roman en deux week-ends de confinement (coucou Printemps 2020 !) et il a intégré le top 10 de mes coups de cœur. J’espère qu’il en sera de même pour vous !

    Narrateurs et personnages

    La majorité de la narration est à la première personne et est portée par Daniel. Un narrateur omniscient se fait également entendre à travers la voix d’autres personnages qui offrent à notre héros les clés pour déverrouiller le mystère Carax. À côté de cela, la narration navigue entre trois groupes de personnages : Daniel et son entourage, Julián et le sien, enfin le couple père-fille que forment Nuria et Issac. Ce dernier est le lien entre Daniel et Julián. Au fur et à mesure qu’avance l’intrigue, nous avons le plaisir de voir que tout ce petit monde est connecté, parfois par des circonstances étonnantes. Les histoires des uns sont imbriquées dans celles des autres grâce à un jeu de miroirs et d’échos sans pour autant se ressembler comme deux gouttes d’eau.

    L’histoire et sa construction sont excellentes, mais les personnages le sont également. L’Ombre du vent propose une galerie assez complète d’individus, mais contrairement à certains romans, ils sont tous remarquables : on ne se demande pas toutes les quatre pages de qui parle les narrateurs. Si j’ai adoré les personnages de Daniel et de son père, mon coup de cœur est pour Fermín. Même si certaines de ces idées sont aujourd'hui dépassées, son approche de la vie et son franc-parler le rendent attachant et illuminent le roman. Les personnages féminins sont également particulièrement intéressants. Que ce soit Beatriz, Clara, Penélope, Jacinta, Nuria, Bernarda, Sophie et même la mère Daniel, toutes sont parfaitement distinctes les unes des autres et sont autant de facettes possibles de la féminité. Et surtout, elles sont gardiennes de passages clés dans les vies de Daniel et de Julián.

    Petit plus

    Enfin, j’ai adoré me balader avec les personnages dans cette Barcelone d’après-guerre. Je ne suis jamais allée à Barcelone. Je ne sais pas à quoi ressemble cette ville aujourd'hui, ni quel était son visage en 1945. Mais les descriptions sont vivantes et nous entraînent dans les rues espagnoles sans difficulté.

    Citations

    Il y a des rustres qui s’imaginent que s’ils mettent la main au cul d’une femme et qu’elle ne proteste pas, l’affaire est dans le sac. Ce sont des ignares. Le cœur de la femme est un labyrinthe de subtilités qui défie l’esprit grossier du mâle à l’affût. Si vous voulez vraiment posséder une femme, il faut d’abord penser comme elle, et la première chose à faire est de conquérir son âme. Le reste, le réduit douillet et chaud qui vous fait perdre le sens et la vertu, vous est donné de surcroît.
    Non, je suis comme Ortega y Gasset, un pragmatique, car la poésie ment, même si elle le fait joliment, et ce que j’affirme est plus vrai que le pain à la tomate.
    - Et garde tes rêves, cria Miquel. Tu ne peux jamais savoir à quel moment tu en auras besoin.
    - Toujours, murmura Julián, mais le rugissement du train avait couvert ses paroles.

    Si ce livre vous intéresse…