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    22 décembre 2020

    Couleurs de l'incendie de Pierre Lemaitre

    Couleurs de l'incendie de Pierre Lemaitre

    Couleur de l'incendie et le second volet de la trilogie "Les enfants du désastre". Le premier tome est Au revoir là-haut, récompensé par le prix Goncourt et ayant fait l'objet d'une adaptation cinématographique éponyme. Ce second tome a une dimension toute aussi personnelle et dramatique.

    N'hésitez pas à (re)lire l'avis sur Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre

    Résumé de Couleur de l'incendie

    Si le premier tome avait pour fond la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce roman prend racine dans une France des années 1930, lorsque chacun veut faire sa propre fortune et que le nazisme et le fascisme s'installent.

    Nous retrouvons Madeleine, toujours effacée par le pouvoir des hommes mais qui, sept ans après la mort de son frère, est sur le point d'enterrer son père, Marcel Péricourt. Tous les proches de la famille sont là, même les journaux sont prêts à couvrir l'événement. Mais, lorsque le cortège funéraire s'avance, c'est Paul, le fils de Madeleine, qui fait sensation : il est l'objet d'un événement dramatique et cela va entraîner une suite de péripéties toutes aussi surprenantes les unes que les autres.

    Dans Couleurs de l'incendie, on retrouve certains personnages

    Après les anti-héros, faites place à l'héroïne

    Vous n'êtes pas sans vous rappeler le rôle qu'a joué Madeleine dans la vie d'Albert et son engagement pour retrouver le corps de son frère. Peut-être vous souvenez-vous aussi qu'elle avait fait son maximum pour maintenir son père au mieux qu'elle le pouvait. La fin d'Au revoir là-haut vous avait peut-être aussi secoué : Madeleine divorçait de son mari et Henri d'Auray-Pradelle était condamné pour ses malfaçons. Dans ce second tome, vous retrouvez Madeleine prisonnière de la position que lui avait attribuée son père et victime autant que bourreau de ses détracteurs.

    Madeleine est toujours une femme contrainte à l'action, mais cette fois, c'est une femme anéantie que nous rencontrons. Son fils est gravement blessé (pour ne pas en dire plus !), elle ne sait pas s'occuper de la banque et ses proches ne sont pas des plus fiables. Elle est encore oubliée par les hommes qui l'entourent et tous cherchent leur compte et à faire fortune suite à la mort de Marcel Péricourt. Celle qui reste derrière, c'est Madeleine, sacrifiée au bon vouloir des hommes. Son divorce a déçu son père, son remariage avec un homme pouvant être utile à la famille a aussi été annulé. La seule chose de Madeleine qui rendait fier son père, c'était bien Paul.

    Madeleine est donc à nouveau prisonnière du jugement des hommes. Et lorsque viendra le temps d'agir, elle le fera à nouveau accompagnée d'un homme. Le caractère bien trempé qu'on lui connaissait a été ébranlé dans ce tome : elle s'est enlaidie, elle a vieilli, elle est brisée. Mais Madeleine a tout de même cette force en elle et le courage qu'on lui connaît dans sa détermination. C'est bien la même Madeleine que nous retrouvons, plus triste et décidée qu'auparavant.

    Un autre personnage secondaire important réapparaît

    Vous vous souvenez peut-être aussi de M. Dupré, l'ancien secrétaire du mari de Madeleine. Il gagne en importance dans ce roman et il devient véritablement une pierre importante de l'édifice. Il nous touche et on en oublie toutes ses mauvaises actions. C'est un homme qui a ses convictions et bien qu'il ne partage pas toujours celles de ceux qui le rémunèrent, il fait ce qu'il faut, il obéit pour gagner sa vie s'il est bien rémunéré. Sa morale, il ne l'applique pas au travail. Mais au fond, il devient la figure de l'homme qui respecte la femme, l'homme bienveillant et attachant.

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    Une place importante au contexte historique

    Des femmes en quête d'émancipation

    Elle avait reçu une éducation de femme. Son père, même s’il l’avait beaucoup aimée, l’avait élevée dans l’idée que pour les grandes choses, elle ne serait jamais à la hauteur.

    Le point principal que nous pouvons relever dans cette œuvre est la présence de femmes fortes et en quête d'émancipation. Que ce soit Madeleine, qui se venge des hommes qui l'ont bafoué, qui refuse des mariages qui ne sont pas par amour après avoir divorcé. Ou bien que ce soit Léonce qui, pour gagner plus, se joue de Madeleine avec son amant. Lorsque cet amant force Léonce à devenir sa femme, tout se retourne contre elle, elle est à nouveau sous l'emprise d'un homme. Elle va profiter de sa fortune mais elle ne sera plus libre, alors il ne lui reste plus que l'adultère.  

    Pourtant, il leur semble difficile, tout au long du roman, de prendre leur indépendance. Léonce doit faire avec son premier mari, qui, au lieu d'être un soutien, est un poids considérable et Madeleine a besoin de M. Dupré pour la soutenir dans sa vengeance. En revanche, la fin du roman signe une nouvelle liberté : Madeleine va plus loin que ce que M. Dupré aurait imaginé pouvoir aller et elle le soumet à son désir et Léonce prend la fuite, laissant son mari derrière et refaisant sa vie comme elle l'entend.

    Vladi, quant à elle, s'émancipe sexuellement. Elle est indépendante et libre de choisir l'homme qu'elle veut. C'est peut-être le personnage le plus libre de ce roman. Enfin, Solange, cantatrice triste qu'affectionne Paul, est aussi libre que prisonnière des hommes, d'une autre façon. Son histoire est particulière et on ne sait pas vraiment qui est cette femme qui réussit dans la vie après avoir été humiliée, mais toujours triste et dans l'excès. Pourtant, lorsque vous connaîtrez son histoire, son émancipation vous paraîtra évidente, plus forte peut-être que celle des autres femmes de cette histoire, mais plus déchirante.

    Un contexte historique en fond toujours aussi riche

    La dette du pays inquiétait les économistes, qui angoissaient les politiques, qui, à leur tour, culpabilisaient les citoyens.

    Cette fresque est, tout comme le premier tome, la chronique de l'entre-deux-guerres. Mais elle se déroule plus tard, dans les années 30, au moment du développement du capitalisme et des crises financières, de la montée du fascisme et du nazisme. Si Pierre Lemaitre prend quelques libertés avec la réalité, comme il le précise d'ailleurs dans son œuvre, Couleur de l'incendie n'en est pas moins un bon reflet de la société de l'époque. N'oublions pas qu'il s'inspire toujours de faits réels et cite ses sources. Ses romans sont une recherche historique et littéraire, pour ne pas dire plus globalement intellectuelle, Pierre Lemaitre ne cherche jamais à tromper son lecteur et c'est ce qui fait la force de ses histoires.

    Nous découvrons donc la frénésie spéculative des Français par les nombreux sujets de presse qui en font l'objet. Cette presse est d'ailleurs aussi critiquée, elle est présentée dans toute sa vénalité, elle qui fait des potins de la société un "feuilleton" pour gagner en popularité. Nous nous questionnons aussi sur la place des femmes dans la société, les magouilles politiques et financières, les révoltes de la population, et même le sujet de la fraude fiscale est présenté !

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    Le style est légèrement différent

    Un roman plus tragique ?

    On verse peut-être plus dans la tragédie dans ce roman que dans le précédent. Je me souviens avoir trouvé des moments de légèreté dans Au revoir là-haut, des moments de pause qui rendait la dureté du livre beaucoup plus supportable. Je ne dirais pas que ce roman était plus difficile à lire malgré les événements tous plus graves les uns que les autres. Je dirais plutôt qu'il a été écrit dans un ton un peu différent. Le rocambolesque de certains personnages comme Vladi, toujours prête à séduire, ou celui de la cantatrice, plus ridicule encore, peut faire naître un sourire. Mais ces moments plus légers sont bien moins nombreux. Ce livre est un roman de lutte et tous les personnages sont pris dans un engrenage dont ils peinent à se dégager. Seul le premier mari de Léonce, plus animal que les autres, car il laisse toutes ses décisions à l'instinct, s'en sort sans trop s'inquiéter de son avenir.

    Finalement, dans ce tome, l'ironie s'applique plus aux personnages secondaires qu'aux personnages principaux, c'est ma petite déception dans ce roman. Bien sûr, d'autres personnages sont toujours la cible de l'ironie, mais de manière moins intime peut-être, plus physique.

    Un roman foisonnant de péripéties

    Ce roman, s'il est moins ironique et piquant n'en est pas moins intéressant. Il est plus riche en péripétie, ce qui satisfera un grand nombre de lecteurs. Que ce soient les scandales boursiers, les complots et les vengeances de Madeleine, la vie de Solange et son coup de maître à Berlin, vous ne trouverez probablement pas le temps de vous ennuyer. Et, comme dans son Au revoir là-haut, le début de l'histoire marque les esprits et capte votre attention jusqu'à la dernière minute.

    Citations

    La conversation suivait un parcours immuable. La politique d'abord, puis l'économie, l'industrie, on terminait toujours par les femmes. Le facteur commun à tous ces sujets était l'argent. La politique disait s'il serait possible d'en gagner, l'économie, combien on pourrait en gagner, l'industrie, de quelle manière on pourrait le faire, et les femmes, de quelle façon on pourrait le dépenser.
    - Alors, si je comprends bien...on ne fait rien !
    - Absolument. Tout le monde pense que si on contrôle les riches, ils vont aller mettre leur argent ailleurs. "Et quand la France, je cite, sera un pays de pauvres, qu'est-ce qu'on fera ?"
    - Vous commencez à m'emmerder avec vos citations !
    - C'est vous qui l'avez écrit, monsieur le président. Pour votre campagne électorale de 1928.
    Charles toussa.

    Si ce livre vous intéresse :

    Sinon...

    Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre - Culture Livresque
    Au revoir là-haut est le premier roman d’une trilogie qui vient de prendre fin avec la rentrée littéraire 2020, c’est l’occasion de revenir sur ce chef-d’oeuvre qui a reçu le prix Goncourt 2013...