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    27 janvier 2026

    Fragile/s, une dystopie de Nicolas Martin

    Fragile/s, une dystopie de Nicolas Martin

    Fragile/s est le premier roman de Nicolas Martin qui n’est par ailleurs pas inconnu de la sphère de la culture, puisqu’il est journaliste scientifique et anime des conférences. Il est aussi réalisateur, critique de cinéma et maintenant auteur. Cela fait beaucoup d’atout pour l’écriture d’une fiction dystopique et politisé, voire d’anticipation, sorti en 2024.

    Synopsis du premier roman dystopique de Nicolas Martin

    Nous sommes en France, dans un futur à la date imprécise. La politique devient une dictature et l’avenir de la Nation semble incertain. En effet, le monde connaît une crise de la natalité importante. On ne dénombre plus que 0,6 bébé par femme en moyenne et la plupart sont des filles. Plus grave encore, la majeure partie de ces enfants viennent à la vie avec un handicap, le syndrome du X fragile. Autrement dit, ils ont une forme de SPA (syndrome du spectre autistique), des déformations anatomiques touchant principalement les traits du visage, ainsi qu’un gros retard intellectuel.

    Pour remédier à cela, les scientifiques ont lancé un vaste programme de repeuplement de la population en modifiant les gènes des enfants à naître. Ils s’apprêtent à engager un grand test pour voir les résultats de leurs recherches sur 1500 femmes. Typhaine en fait partie grâce à la position politique de son mari qui lui y donne accès. Ce sera alors sa deuxième grossesse, puisqu’elle a déjà donné la vie à une fille au X fragile : Madeleine.

    Alors qu’elle accouche d’un petit garçon sain, Typhaine se rendra compte petit à petit que cet enfant a un problème… En poussant son enquête, elle se retrouve régulièrement bloquée par les contrôles et la surveillance accrue autour de Nolan. En effet, les parents ont peu de maîtrise sur leurs progénitures. Plus ses recherches avancent, plus les faits troublants augmentent dans l’entourage de ces 1500 enfants non porteurs. Quelque chose ne tourne pas rond et la société s’apprête à exploser. Quelle expérience a vraiment mené les scientifiques sur les gènes de ces pupilles si précieuses aux yeux de la France ?

    Un roman dystopique glaçant

    Fragile/s est avant toute chose un roman dystopique glaçant. La société telle que nous la connaissons a quelque peu changé. Le régime diplomatique a tourné à la dictature, prônant une forme d’eugénisme à en faire froid dans le dos. Tout le monde est surveillé à base d’intelligence artificielle poussée. ALIX est la nouvelle "Alexa", qui gouverne toute la maison sur les ordres de ses occupants, mais pas seulement ! Les petits entrent à l’école dès le plus jeune âge. Attention : ce n’est pas n’importe quel établissement d’enseignement, mais plutôt un institut d’embrigadement pour former les futures générations à l’image de la politique actuelle.

    On notera aussi l’important racisme intrinsèque à une population qui souhaite "contrôler" son territoire. Dans Fragile/s, les frontières sont fermées, sauf pour accueillir et adopter quelques enfants sains venant de l’extérieur. Ces enfants d’abord plus ou moins intégrés, grâce auxquels les familles peuvent espérer recevoir un visa, sont en fin de compte arrachés à leurs parents au cours du roman. La répression est particulièrement forte et n’est pas sans rappeler l’actualité sur un continent pas si loin du nôtre…

    Relevons que la tyrannie ne s’arrête pas là : l’avortement est à nouveau condamné, le divorce n’est accessible qu’à la demande du mari et distribué au compte-gouttes. La peine capitale a également été restaurée et un système de notation est mis en place, accordant plus de droits aux individus jugés comme de bons citoyens et restreignant ceux recevant de mauvaises notes. Tout est fait pour rendre cette dystopie, jetant des traces parfois d’anticipation, à la frontière du tolérable.

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    Une place de choix laissée aux femmes, c’est agréable !

    Eh oui ! Le cas est encore assez rare pour que nous le soulignions ! On observera que pour un premier roman, l’auteur offre la part belle aux femmes résistantes. C’est d’ailleurs assez plausible lorsqu’on sait que ce sont les femmes qui s’inquiètent et se révoltent en premier sur les sujets autour de la famille. Si vous ne le pensiez pas, je vous encourage à lire la série de BD Les reflets du monde et surtout En lutte de Fabien Toulmé. Que ce soit Typhaine, avec sa position compliquée et son engagement politique et social ou Elisa, très présente dans la résistance, elles font bouger les lignes de la société. Qui plus est, elles représentent assez bien également la posture que les femmes prennent dans la vie publique actuelle.

    Typhaine reste une femme très modérée, avec une solide morale, mais qui tend au compromis et veut agir dans la légalité. Elisa, elle, est une véritable rebelle, une femme forte qui défend ses convictions envers et contre le régime diplomatique en place. Elle fera de la prison, elle sera utilisée et son rôle assez tragique dans ce livre la rend particulièrement forte et intéressante. Je crois que j’aurais aimé en savoir plus sur cette femme qui fait le bien. Typhaine, elle, se concentre principalement sur sa famille et ses enfants. Plus sensible, avec un mari qui évolue dans la politique totalitaire décrite, elle n’a pas le droit à l’erreur et se montre toujours plus mesurée et malmenée. Et puis il y a Isabelle qu’on découvre au fur et à mesure et qui cache ses secrets. Toutes luttes, chacune à leur manière, contre une société qui laisse peu de place à l’humain et encore moins aux femmes.

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    De quoi traite vraiment ce roman ?

    Alors, si je devais m’arrêter pour expliquer ce dont parle cette fiction, je dirais qu’elle met en lumière des mères qui défendent l’intérêt de leurs enfants et qui se battent pour un monde plus juste. Nicolas Martin parle de politiciens corrompus et de tentative de prendre le pouvoir. Il évoque ceux qui désirent sans effort faire partie des grands pouvoirs politiques et ceux qui espèrent renverser l’autorité actuelle. Il écrit une parodie de société, où l’on fait bonne figure, mais à la population malade aussi bien physiquement que moralement puisqu’il décrit d’eugénisme et d’incapacité à s’adapter et accepter la différence. Fragiles parle du contrôle que la sphère diplomatique veut avoir sur l’intime.

    Cette dystopie propose ainsi un cadre très perturbant et si proche de ce qu’on pourrait connaître. Les thèmes évoqués ne sont pas particulièrement nouveaux, mais le roman donne à entendre la voix des femmes, chose que j’ai appréciée. Qui plus est, le style parfois très fragmentaire ajoute au sentiment d’oppression général (et ce malgré des répétitions qui ne m’apportent pas forcément au texte). Ce livre est encore un page turner qu’on a du mal à quitter. Il nous laisse aussi nous questionner sur Typhaine qui semble pétrie de troubles en dehors de ce qu’on lui fait subir. Nicolas Martin sait nous accrocher et nous interroger, on appréciera d’ailleurs on non, mais nous ne pourrons pas lui enlever cette capsule de réalisme qui encadre une majeure partie du livre…

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    Une fin qui me déçoit quelque peu…

    Toutefois, car il y a un "mais" à cette fiction d’après moi, qui me fait un peu plus hésiter à le conseiller alors que j’ai apprécié les trois quarts du texte, c’est le dénouement. Attention, je vais dévoiler la fin du roman à partir d’ici : la fin me semble précipitée et manque de cohérence à mon goût. J’ai adoré voir que les scientifiques n’étaient pas parvenus à contrôler leurs expériences et qu’elle ne se passait pas totalement comme prévu. Cependant, mettre cela sous le couvert d’une vie extraterrestre et de manipulation génétique qui aurait activé des capacités extraterrestres, bof. Rien n’amenait à ce genre de conclusion, si ce n’est une forme de télépathie entre les enfants issus du programme ainsi que leur avance intellectuelle. Tout était particulièrement réaliste et je me suis sentie lésée. J’ai eu le sentiment que l’auteur aurait pu décider d’une erreur médicale, d’une reconnaissance que la science n’est pas (encore) toute puissante, mais non.

    Les gènes en question étaient en plus ceux de colonisateurs et toute la fin semble étrange… D’un coup on comprend qu’il faut isoler les petits, mais le Président se fait destituer et on les libère, mettant en danger la population. Et puis comme un cheveu sur la soupe, une mémoire extraterrestre s’éveille lors de leur évacuation, mais ils meurent tous avant qu’on ne les sauve, hormis Nolan, le fils de Typhaine. Le récit se termine avec Elisa et l’enfant qu’elle a aidé, proposant aux lecteurs une fin plus heureuse pour les survivants de cette société qui a connu ses drames. Tout se fait en quelques pages, trop peu, trop soudainement et trop hors de ce que nous feuilletions. Cela restera une légère déception.


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    // lastname: Martin // fisrtname: Nicolas // title: Fragile/s