La bonne mère de Mathilda di Matteo

Ce roman se passe entre Marseille et Paris. Il vous parlera à la fois de cagoles, de transfuge de classe et de violence faite aux femmes, un programme qui complète bien le fil rouge du livre : être une bonne mère. C'est un premier roman brillant sur des thèmes de société qu'on a besoin de lire encore et encore. D'ailleurs, le style de l'autrice, qu'il vous embarque ou non, ne vous laissera pas de marbre.
Synopsis de La bonne mère
La Véro s'inquiète : sa fille lui a ramené un Girafon, un type immense et surtout… très aristocrate. Elle ne l’apprécie pas, mais voilà, sa fille rentre de Paris pour le lui présenter et elle l'aime. Si elle dit quelque chose, ça va encore partir en dispute. Une chose est sûre, elle ne l'aime pas et ne sera pas soutenue par son Napolitain. Lui qui disait qu'il ne voulait pas qu'on touche à sa fille, il n'a pas l'air si embêté que ça de voir une grande perche passer le pas de sa porte.
Mais entre les lignes, tout le lien mère-fille se joue. On découvre petit à petit les blessures d'enfants de Clara qui a vu de tout. En parallèle, c'est aussi les difficultés rencontrées avec une enfant angoissée et ayant peur de la mort que nous observons. Les deux personnages ont essayé de vivre leur vie, de s'aimer et se sont aussi blessés. Une chose ne fait pas défaut de tout le roman pour autant : l'amour qu'elles partagent et le besoin de trouver la juste mesure de ce lien. En effet, elles traverseront ensemble des orages et parviendront enfin à avoir une relation plus apaisée.
Des sujets multiples de société pour un livre sur la santé mentale
Ce premier roman vous propose de nombreuses thématiques de société parmi lesquelles l'une des plus sensibles : le lien mère-fille. Ce lien est d'autant plus fragilisé par les autres sujets comme la violence intrafamiliale et conjugale, le transfuge de classe et l'anxiété d'un enfant qui remonte. L'autrice présente ainsi un panorama de ce qui se joue dans beaucoup de foyers, entre amour et squelette dans les placards. Elle traite aussi de la place qu'on laisse ou non au partenaire de sa progéniture et le fait qu'en grandissant, ils nous échappent.
La bonne mère est donc un livre à la fois féministe et offre une voix aux personnes qu'on entend peu dans la littérature : les cagoles marseillaises et les femmes de manière générale. Une sororité tient l'ensemble de l'ouvrage, même au cours des déchirures et chacune se soutient, qu'elles passent par les violences de classes, la violence tout court, les douleurs liées à l'héritage de notre naissance, le besoin d'émancipation, les traumatismes et les schémas répétés. Toutes subissent et toutes continuent leur chemin. De manière générale, ce livre nous parle de relations sociales et de santé mentale, alors foncez !

Une écriture percutante pour un sujet encore trop peu représenté
L'écriture assez crue, les thématiques et le choix des personnages m'ont beaucoup fait penser à la littérature de Virginie Despentes, notamment à Vernon Subutex où les figures sont toutes assez marginales. En revanche, je dois noter une petite difficulté au début du roman à vraiment accrocher. On sentait bien la tension de la relation mère-fille, combien l'amour de Clara était destructeur et qu'elle acceptait trop, mais on ne savait pas où nous nous rendions.
Et puis, au final, le livre démarre d'un coup, nous voyons Clara plonger dans la dépression et la violence conjugale. On flaire qu'elle n'est pas en adéquation avec les valeurs du Girafon, mais elle persiste dans une relation qui ne peut aboutir, se targuant d'être la personne problématique. Le caractère de Clara devient antipathique, car on comprend vers quoi elle va, mais ne proteste pas. Elle nous blesse dans notre besoin de réagir, de dire non. Mais c'est son histoire. C'est une belle façon, en un sens, de montrer à quel point la violence est insidieuse et nous isole des autres.
Petite note sur l'imagerie de la cagole dans le livre :
Je ne suis pas du tout calée dans l'imaginaire de la cagole, je ne sais donc pas à quel point cette projection est similaire ou éloignée de la réalité. L'autrice explique s'être appuyée sur des essais, mais si certains veulent débattre en commentaire de la figure de la cagole et de sa représentation, je vous lirai avec plaisir !
La bonne mère en bref,
J'ai manqué un peu d'intérêts, par moment, pour les personnages. L'écriture percutante, se rapprochant par sa verve et pour la conception de personnages invisibilisés comme la cagole, d'une Virginie Despentes, n'a pas toujours suffi à me faire ressentir de l'empathie pour les figures présentées. En revanche, l'importance des thèmes, le schéma d'une chute vers la dépression, l'entêtement de la mère pour aider sa fille ont été touchants. D'ailleurs, il fallait que Clara brise les transmissions générationnelles. En effet, elle est celle qui prend conscience de la violence, celle qu'elle taisait alors qu'elle savait, celle qu'on aperçoit au fil du livre. Un roman à lire, mais qui aurait pu être encore un peu plus aboutit à mon sens.

Citations
Je l'appelle le girafon. Dans son dos, bien sûr. Son grand dos tout fin, son long cou de girafe. Un cou à égorger, vraiment. Pas que j'y pense, en tout cas pas encore, mais c'est pour dire la taille du cou. Et puis cet air. À croire qu'il est en safari partout où il bouge lentement sa grande tige. Comme s'il avait peur de marcher sur une bombe, ou sur une bouse de paysan.
Sur la chaise en face, le géniteur s'est enchaîné trois Ricard sans desserrer les mâchoires. Ça me le met mal, cette histoire. Sa fille. Avec un autre. Loin. Riche. Mieux donc. Ça mouline dans sa tête d'Italien à l'ancienne. Elle reviendra plus, c'est sûr.
Ça commence par de petites choses. Avoir du mal à se lever le matin. Rester au lit plus longtemps. Ne pas réussir à sortir s'il n'y a pas un ami qui attend à la porte. Ne pas se laver, puis qu'on n'est pas sortie. Et puis, ne pas sortir, puisqu'on n'est pas lavée. Ne plus laver l'appartement non plus car ça semble insurmontable. Etre épuisée par l'accumulation de minuscules tâches. Parler épuise. Comme répondre aux messages.
Les mères nous apprennent à faire avec le manque, mais elles oublient de nous apprendre à faire avec le surplus de cœur.
Puis elle sort une liste longue comme le bras de violences, histoire de te mettre à l’aise : les sexuelles, psychologiques, économiques, les émotionnelles, les physiques, verbales, symboliques, gynécologiques, les dans la rue, les dans l’intime.
- Mathilda DI MATTEO, La bonne mère, Iconoclaste, 2025
- Nathacha APPANAH, La nuit au coeur, Gallimard, 2025



