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    13 octobre 2020

    Rentrée 2020, La fièvre de Sébastien Spitzer

    Rentrée 2020, La fièvre de Sébastien Spitzer

    "C'est l'histoire d'une môme, d'une pute et d'un salaud" dit Sébastien Spitzer lorsqu'il parle de son nouveau roman : La Fièvre. Mais c'est aussi l'histoire d'une épidémie oubliée de l'Histoire, nous rappelant encore et toujours le contexte actuel (Covid19 oblige...).

    Résumé

    Nous sommes en 1878 à Memphis. La rue fête l'Indépendance et les noirs se méfient encore des blancs. Théoriquement, noirs et blancs ont les mêmes droits, mais chaque nuit ou presque, des hommes sont pendus par le Ku Kux Klan. C'est dans ce contexte qu'un homme, nu comme un ver, va sortir du bordel de Madame Cook et s'effondrer en pleine rue... Ce n'est que le premier d'une longue liste à venir et la peur va battre aux tempes de toutes la ville. Mais dans ce Memphis ravagé par la Fièvre (jaune) et fuit par tous ses habitants - ou presque -, trois personnages vont se démarquer. Anne Cook, la patronne du lupanar, transforme son lieu de plaisir en hôpital. Keathing fervent serviteur du Ku Klux Klan, va changer son fusil d'épaule après avoir vu l'ancien esclave et chef de milice T. Brown se battre pour protéger la ville. Il y a aussi la petite Emmy, métisse et rejetée par les noirs comme les blancs. Elle survit tant bien que mal à l'épidémie à la quête de son identité et d'une communauté qui l'accepterai pour ce qu'elle est.

    Mon avis

    Un récit qui part d'un fait historique peu connu : la fièvre jaune

    Sébastien Spitzer ne part pas de rien lorsqu'il évoque une fièvre qui se répand et décime presque toute une ville. Il découvre cet épisode historique en faisant des recherches pour l'écriture d'un autre livre. L'absence d'informations sur le sujet le passionne et il se lance en quête de cette fièvre dévastatrice pour nous en révéler les méandres. Ainsi, la réalité nourrit la fiction pour en faire un témoignage narré du passé.

    La fièvre a réellement touché les Etats-Unis, tout spécialement la ville de Memphis. En 1878, personne n'était préparé, personne ne connaissait la maladie et personne ne savait d'où elle venait. On luttait comme on pouvait pour rester en vie. Toutes les communications ont été coupée, le manque s'est fait sentir, les morts ne se comptaient plus en dizaine ou en centaine mais en milliers. Cinq milles environs. Comment avons-nous pu oublier cela ? L'horreur et la fulgurance de cette fièvre aurait eu de quoi faire parler d'elle. Mais personne n'a su parler. Et comme l'explique Sébastien Spitzer dans son Epilogue, le médecin qui a découvert d'où venait la maladie, Juan Carlos Finlay, n'a jamais été reconnu :

    Le lendemain [de la présentation de ses recherches], toute la presse scientifique le surnomme "Mosquito Man" et ses confrères le présenteront bientôt comme le "vieux fou de La Havane".

    "Mosquito Man" autrement dit l'homme moustique. Même après, pour sa nomination à sept reprise au prix Nobel, il n'est jamais parvenu à l'obtenir.

    La thématique de l'épidémie fait place à la problématique du racisme

    "Les miliciens tiennent la ville. Les nègres tiennent Memphis. Ils tuent et pillent et violent en toute impunité. La ville est tombée entre leurs mains"

    Sébastien Spitzer n'a pas peur de nous présenter et de nous décrire les personnages les plus mauvais que l'on puisse imaginé : une mère maquerelle, des policiers violents et racistes et un membre du Ku Klux Klan. Mais il ne nous montre pas le pire de la société juste pour le plaisir.

    En tirant sur le fil de ces personnages, nous découvrons une époque où l'esclavage est à peine abolit mais où les noirs ne sont pas encore libre. Les papiers ne font pas les faits. Ainsi, Emmy, petite métisse, est violentée. Sa mère est encore traitée comme une esclave par la famille qu'elle sert et d'autres noirs qui ont voulu croire en la liberté sont régulièrement pendus dans la nuit. Ils ne sont pas accepté, c'est un fait, mais ils sont encore les victimes de la société blanche et cela ne peut plus durer. Face à la crise, ils sont tous égaux. Mais les efforts que les noirs mettront à la défense de la ville leur fera gagner leur place. A tel point qu'on peut espérer qu'un noir aie une bonne place politique dans la société de Memphis de 1878...

    Les moeurs des personnages évoluent avec la situation sanitaire

    Anne Cook aurait pu refuser de les prendre chez elle. C'est elle qui paye tout. Les frais. Les traitements du docteur. Le stock de vivres. Sa cave. Mais elle a basculé. Comment ? Pourquoi ?

    Si les personnages comme Keathing et Anne Cook sont profondément noirs, ils ne sont pas des causes perdues. Tout le monde à le droit à une seconde chance. Ainsi, lorsque l'épidémie fait rage, Keathing est mis face à sa propre inhumanité. Il ne se battait que pour lui-même et son journal. Faire parti du Ku Klux Klan était selon lui moral, c'était une façon de défendre sa race blanche. Mais, au fur et à mesure de l'histoire, il va apprendre la tolérance. La vérité de ce qu'il est, un meurtrier et un tortionnaire, ne lui apparaît que lorsque sa propre société est touchée. En effet, les pillards qui ont investi la ville font preuve d'une violence inouïe. Et lorsqu'on lui raconte les faits, lorsqu'il voit le regard horrifié de son apprenti qui a assisté à la scène, il se rend compte qu'il a lui-même fait subir cela à d'autres humains. Qui plus est, voir T. Brown défendre toute la ville, noirs comme blancs, malgré tout le mal qu'on lui a fait, il ne peut plus penser comme avant.

    En ce concerne Anne Cook, la mère maquerelle, elle a un passé sombre. Battue et violée par son père qu'elle tue accidentellement, elle devient sans le sou et à la rue. Alors elle fait ce qu'elle peut : elle vend son corps pour une poignée de pain et fait son nom dans le milieu. Elle devient la maîtresse de la Mansion House, sa propre maison close, où elle dirige douze filles. Anne Cook souhaite simplement ne plus jamais manquer d'argent, tirer un trait sur son passé. Mais lorsque l'épidémie bat son comble, elle ne peut pas se résoudre à quitter son lupanar. Alors elle y reste, mais à quoi sert-il d'avoir autant d'argent s'il ne doit jamais être dépensé ? En voyant sa fille Sonia mourir, puis Keathing et tant d'autres tomber malade, elle se résout à transformer son lieu de débauche en un centre hospitalier. Elle ne lésigne pas sur les efforts pour sauver tous ceux qui passent les portes de sa maison. Elle y gagne une conscience plus tranquille, elle est enfin sereine. Mais elle y perdra également beaucoup...

    Finalement, il parvient à transformer des personnages particulièrement antipathique en des hommes qui font de leurs mieux et progressent dans le bon sens pour faire le bien et réparer leurs erreurs passée.

    Citations

    Ils avaient tué, pillé, violé et incendié. Aucun n'a été poursuivi. Au contraire. Certains ont continué sous couvert de capes blanches, de cagoules et de tout un charabia de chevalerie et de suprématie blanche. Ils forment le Ku Klux Klan.
    Pas question que la Fièvre se répande jusqu'ici. Ils n'avaient pas le droit. On ne se répand pas quand on porte ce mal.
    Joséphine n'est plus là. Le marchand de sable est mort, tous les héros sont morts, et les mythes et les dieux ont condamné la ville.
    " - La vérité ? Quelle drôle d'idée, répète-t-elle. J'ai appris à mes filles à dire oui, jamais non. J'ai appris à mes filles à voir la vie en mieux, pas telle qu'elle est. Je voudrais qu'elles sachent rêver leur vie. [...]"

    Si ce livre vous intéresse :

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