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    30 juin 2026

    Une chambre à soi de Virginia Woolf

    Une chambre à soi de Virginia Woolf

    Virgina Woolf compose Une chambre à soi alors qu’elle est soutenue dans son œuvre par son mari. À eux deux, ils inaugureront une maison d’édition, la Hogarth Press, qui publiera la grande majorité des écrits de l’autrice féministe. Elle ouvre la voie à une nouvelle littérature qui prend en considération les conditions des femmes.

    Un contexte d’écriture énoncé

    Viriginia Woolf l’évoque, elle écrit au présent, dans un contexte d’après-guerre (1WW) et après certaines évolutions des droits de la femme, notamment le droit de vote et le droit de posséder leurs propres biens. Elle rappelle aussi que deux collèges pour femmes existent, ce qui reste peu.

    Il faut avoir en tête que Virginia Woolf aura l’avantage qu’elle décrit dans son livre : une chambre à elle. Elle est de la même façon soutenue par son mari et elle n’a pas à avoir peur de ne pas être publiée. Elle sait qu’elle le sera grâce à la maison d’édition de ce son époux. Bien que ce soit une personne fragile psychologiquement qui connaît de profondes dépressions et qui finira par se suicider pour éviter la folie, elle révolutionne alors la pensée autour de l’autrice. Elle le fait en composant un essai foncièrement féministe et brisant le mythe du génie littéraire.

    Si elle rédige cet essai, c’est pour véhiculer des propos politiques. Elle le fait toujours sous forme de réflexion sur la poétique romanesque qui vont de pair pour Woolf. Pour cela, elle use d’humour et d’ironie. Elle refuse la colère envers les hommes pour ne pas perpétuer des cycles d’affrontement et surtout, elle décrit sans détour les conditions matérielles et intellectuelles défavorisées des femmes qui jouent sur l’écriture. Ici son œuvre est très intime, elle contribue d’ailleurs au déploiement des fictions intériorisés.

    Un essai comme une promenade de pensées

    Impossible de donner forme à tout cela, décrétai-je, jetant un regard d’envie sur mon voisin en train de faire des résumés bien nets, précédés souvent de A, de B et de C, tandis que mon carnet débordait d’un incohérent gribouillage, de notes contradictoires.

    Le sujet du livre est énoncé dès les premières pages : "Je sais, vous m’avez demandé de parler des femmes et du roman.", elle va s’évertuer à faire plus. En effet, la thématique étant particulièrement vaste, elle s’interroge à la fois sur la rédaction dite féminine, les conditions d’activité des femmes difficiles et la façon dont la société empêche les autrices d’exercer. Dans cet essai qui est pourtant un genre plutôt non fictionnel, Virginia Woolf fait preuve de beaucoup de créativité puisqu’elle parvient à y intégrer de la fiction afin d’exprimer avec justesse les contraintes rencontrées par les écrivaines.

    Pour cela, elle écrit un essai sous forme fictionnelle, donc élaborée autour d’un récit. Elle invente une voix qui perdure lors des chapitres et la trame narrative nourrit la pensée. Elle imagine également une école qui se veut un mélange entre Oxford et Cambridge qu’elle nomme "Oxbridge". Ainsi elle assume un discours tout en utilisant une figure fictionnelle.

    Elle ne prétend pas d’ailleurs parvenir à une conclusion claire et définitive. Elle invite même les lectrices de son essai à poursuivre la réflexion. En effet, il reste des points à penser, des choses à apprendre et de ce fait, elle refuse la rhétorique masculine qui se veut précise et scientifique. Dans le chapitre 2 par exemple, elle va rappeler qu’elle sélectionne des livres pour ses questionnements de manière arbitraire. Elle s’oppose ainsi très clairement aux étudiants qui, eux, ont été formés aux recherches et savent ce qu’ils doivent écrire dans leurs carnets d’observations.

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    Une œuvre profondément féministe par une femme privilégiée

    Je n’ai plus besoin de haïr qui que ce soit, car personne ne peut me blesser. Je n’ai plus besoin de flatter qui que ce soit ; personne ne peut plus rien me donner.

    Si Viriginia Woolf doit écrire sur les femmes et les romans, elle n’en reste pas moins sensible à tout ce qui entoure la thématique. Ainsi, la fiction lui permet de reconnaître que le patriarcat, traitant les femmes différemment, a à coup sûr un impact considérable sur les dames. Il n’est pas anodin de lire que le menu réservé aux filles dans leur école et les conditions de vie sont grandement moins appréciables que du côté des hommes. Elle rappelle encore que la domination masculine se joue même dans l’espace public où l’herbe et la bibliothèque lui sont refusées sous prétexte de son sexe.

    Elle déploie une plus large réflexion sur les effets sur l’esprit de la misère à laquelle les femmes sont confrontées. D’ailleurs, son personnage principal touche une rente et possède un logis, ce qui lui permet d’écrire. Elle est donc privilégiée par rapport aux autres autrices décrites telles George Eliot, Jane Austen ou les sœurs Brontë. Il n’est pas question que de finances, mais aussi de modèles hérités qui viennent appauvrir les femmes de connaissances, de moyens et de temps pour elles.

    D’autre part, un combat sans merci semble agiter les messieurs. Ils composent un nombre phénoménal de livres sur les femmes. Ils n’hésitent pas à aller de l’éloge au blâme, de la connaissance anatomique jusqu’au prétendu savoir du fonctionnement de l’esprit des femmes. Elle remarque avec une sorte d’ironie qu’à l’inverse, peu de femmes sont présentes dans la bibliothèque et le chiffre d’ouvrages de femmes sur les garçons est anecdotique. Cela montre bien la quête de pouvoir de l’homme sur le sujet féminin. Ces derniers semblent d’ailleurs beaucoup se contredire et développer une forme de colère voire de rage envers les femmes.

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    Et la femme écrivaine alors ?

    La sensibilité féminine avait été, depuis des siècles, affinée par l’influence du salon commun. Les sentiments des autres êtres marquaient les femmes ; le jeu des relations personnelles se déroulait sans cesse devant elles ; c’est pourquoi quand la femme de la bourgeoisie se mit à écrire, elle écrivit des romans […].

    Si elle prétend au chapitre 3 s’être éloignée de son sujet en bavardant surtout de la situation de la femme, elle plante en réalité le décor. Elle va toutefois se concentrer à nouveau sur les femmes et les romans. Elle relève alors le manque d’ouvrage qui parle des conditions de vie des femmes avant le XVIIIe, différemment à tous ceux qui explorent la gloire des hommes. Ainsi, elle imagine ce qui aurait pu être si Shakespeare avait eu une sœur et si cette sœur avait été écrivaine.

    Elle évoque donc Judith Shakespeare et invente ce qu’aurait pu être sa vie, puisqu’il n’existe aucun document sur elle, contrairement à tous ceux sur le dur labeur des individus auteurs. Elle devient alors la figure représentative d’un génie avorté face à des contextes non réunis pour exprimer son talent. En effet, sa condition la restreint en termes d’accès à l’instruction, au temps et aux moyens.

    Les femmes doivent d’ailleurs écrire en s’occupant des enfants dans une pièce collective de la maison et n’ont pas d’espace à elles. Elles doivent toutefois le faire à la discrétion des invités et elles continuent de réaliser leurs besognes. Ainsi, l’éducation des enfants, la vie du foyer et les besoins de toute la famille demeurent prioritaires. Elles rédigent souvent de manière fractionnaire, allant de petits paragraphes en petits paragraphes, mais elles atteignent tout de même à une œuvre complète. Qui plus est, en plus de ce manque d’intimité et cette amplitude de tâche domestique, la femme se retrouve systématiquement face à une absence de moyen financier. Tout cela rend l’exercice de la langue ipso facto inégalitaire et lorsqu’elles parviennent à composer, elles sont encore limitées.

    Effectivement, les femmes sont plutôt soumises à certains genres comme la poésie ou les correspondances, mais lorsqu’elles proposent des romans elles introduisent plus la notion de personnel. Les lettres étaient socialement acceptées pour leur forme, mais elles n’étaient pas considérées au même degré que de la littérature.

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    Que retenir d’Une chambre à soi, en fin de compte ?

    Finalement, ce que Virginia Woolf transmet dans cet essai est l’enfermement des femmes dans un système patriarcal qui bride les femmes et plus encore celles qui voudraient composer. Elles ne peuvent ni écrire pour elles-mêmes ni pour les autres. Elle enracine son essai dans une dimension matérielle propre à la société dans laquelle elle évolue, évoquant un ancrage hiérarchique du masculin sur le féminin, et ce appuyé par une organisation très marchande du monde (Royaume-Uni).

    Si elle plaide pour une chambre à soi, c’est une façon de défendre un confort minimum pour les femmes afin qu’elles puissent avoir une existence intime. Woolf propose pour la première fois une liste d’éléments nécessaire pour l’écriture et casse ainsi le mythe du génie littéraire, de l’auteur maudit ou tout simplement, l’absence de talent des femmes en lettres. Elle met finalement à jour toutes les injustices vécues par ces dernières, désamorçant des arguments de mauvaise foi que pourraient tenir les hommes à leur égard.

    Dès lors, elle incite à concevoir une œuvre nouvelle avec une configuration inventée pour trouver une vision authentique. Elle l’exprime à la fin de son enquête lorsqu’elle réutilise l’image de Shakespeare comme étant pour ainsi dire androgyne. Pour Virginia Woolf, il faudrait une forme de gynandromorphisme de la littérature. Seule cette coopération des sexes spirituelle et physique permettra une création complète. En quelque sorte, elle ne cherche plus à dissocier l’érudition féminine et masculine, mais elle voudrait aboutir sur une littérature supérieure.

    Citations

    à Oxbridge, a été formé aux recherches, a sans doute quelque méthode pour dirige son troupeau de questions et lui faire éviter les distractions du chemin puis l’amener à pénétrer dans la réponse comme la brebis entre dans un parc.
    Impossible de donner forme à tout cela, décrétai-je, jetant un regard d’envie sur mon voisin en train de faire des résumés bien nets, précédés souvent de A, de B et de C, tandis que mon carnet débordait d’un incohérent gribouillage, de notes contradictoires.

    Si ce livre vous intéresse :
    Sinon...
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    // lastname: Woolf // firstname: Virginia // title: Une chambre à soi