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    23 mars 2021

    Le portrait de Mr W. H. de Oscar Wilde

    Le portrait de Mr W. H. de Oscar Wilde

    À la fois nouvelle fictionnelle et essai, Le portrait de Mr W. H. a été publié en 1889. Oscar Wilde nous livre sa théorie sur l’un des plus grands mystères littéraires : à qui les Sonnets de Shakespeare sont-ils dédiés ?

    Le portrait de Mr W. H. résumé

    Le narrateur, sans nom, de la nouvelle nous rapporte une conversation avec son ami Erskine à propos d’un des recueils de poésie les plus célèbres de la littérature : les Sonnets de William Shakespeare. Ce recueil, déclamant l’amour inconditionné du poète, s’ouvre sur cette dédicace énigmatique : « Au seul générateur des Sonnets que voici Mr. W. H. félicité et cette éternité que promet notre poète à jamais vivant sont souhaitées par le bienveillant aventureux divulgateur T.T. ». T. T. sont les initiales de Thomas Thorpe, l’éditeur des Sonnets. Mais qui est W. H. ? Là est tout le problème. Des décennies que les plus grands spécialistes se sont penchés sur la question, et nous n’avons toujours pas de réponse tranchée.

    Mais revenons-en à notre nouvelle. Esrkine raconte au narrateur que durant ses jeunes années, il était ami avec un certain Cyril Graham. Ce dernier était persuadé d’avoir découvert la véritable identité de W. H. : un jeune acteur de la troupe de théâtre de Shakespeare, Willie Hughes. Cependant, face au scepticisme d'Erskine, Cyril se suicide en lui laissant le soin de dévoiler au monde ce qu'il considère comme la vérité sur W. H.

    Notre narrateur, fasciné par cette histoire tragique et par la nouvelle hypothèse de l'identité de W. H. reprend les recherches de Graham pour parfaire la théorie et la rendre indiscutable.

    Les Sonnets de William Shakespeare : que sait-on ?

    Petit point d’histoire littéraire rapide. Le sonnet est une forme poétique apparue en Sicile au XIIIe siècle et a obtenu ses lettres de noblesse avec le recueil Canzoniere de Pétrarque. La forme s’exporte jusqu’en Angleterre où Shakespeare s’en empare pour immortaliser la beauté de son amant et l’amour fou qu’il lui porte.

    En fonction de l’identité attribuée à W. H., la date de composition supposée varie entre les années 1580, 1593-1595 ou encore 1597-1600. Une vingtaine de poèmes sont parus clandestinement, avant que le recueil ne sorte, sous le nom Le pèlerin passionné. Le cheminement amoureux y est présenté comme une pérégrination spirituelle. Les Sonnets ont globalement été mis de côté, voire méprisés, par la critique littéraire jusqu'au XIXe siècle.

    Les poèmes retracent l’histoire de Shakespeare et W. H. : leur rencontre, l’émerveillement de Shakespeare, la trahison de W. H. (qui aurait quitté la troupe de théâtre), l’arrivée dévastatrice de la « Dame brune », le retour de W. H. et le pardon de Shakespeare… Cependant, les critiques considèrent que certains poèmes, notamment ceux concernant la Dame brune, dissonent par leur position avec le reste du recueil. En effet, plusieurs spécialistes avancent l’hypothèse que ce recueil n’était pas censé voir le jour et que sa composition, l’agencement des poèmes, n’est pas du fait de Shakespeare mais de Thomas Thorpe.

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    Pourquoi autant de mystère autour de W. H. ?

    Toute l’ambiguïté du recueil – les initiales, ou encore le jeu avec les pronoms masculins et féminins – annonce une histoire d’amour clandestine. En effet, l’époque élisabéthaine ne voyait pas d’un très bon œil l’homosexualité, qui était considérée comme un crime capital et une forme de libertinage athée. Et si Le portrait de Mr W. H. est placé dans un cadre fictionnel, c’est pour les mêmes raisons : Oscar Wilde écrivait en pleine époque victorienne où la mentalité sur la question de l’homosexualité n’était pas beaucoup plus clémente.

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    Le portrait de Mr W. H. : enquête littéraire et essai sur l’art

    Tout l’intérêt de cette nouvelle est la présentation d’une théorie neuve sur W. H. sous la forme d’une enquête. Cet aspect occupe surtout le début et la fin du récit, ainsi que quelques passages au milieu permettant d’introduire des notions et concepts relevant beaucoup plus de l’essai.

    Oscar Wilde aborde les autres hypothèses avancées pour faire le point et montrer en quoi elles sont discutables, en s’appuyant sur des tableaux d’amants supposés, sur des dates d’arrivée en Angleterre d'autres amants en lice, etc. De plus, il appuie sa théorie sur une analyse minutieuse du recueil, et cite de nombreux sonnets pour illustrer son propos ce qui permet de donner de la profondeur, de la matière et de la crédibilité à sa théorie. Il n'est donc pas nécessaire d'avoir un exemplaire des Sonnets sous la main pour comprendre le texte d'Oscar Wilde, même si sa lecture est plus intéressante après celle du recueil poétique.

    La partie plus « essai » se concentre sur les sentiments que font naître des chefs-d’œuvre chez les lecteurs et spectateurs, ou encore sur le lien entre les Sonnets et le reste de l’œuvre de Shakespeare. En effet, Wilde considère que ce recueil est un tournant dans l’écriture du dramaturge-poète, et que sans sa rencontre avec W. H., nous n’aurions probablement pas reçu en héritage des pièces comme Roméo et Juliette. Toujours selon Wilde, Shakespeare aurait écrit ces rôles féminins pour sublimer la beauté et le jeu d’acteur de W. H., seule personne capable alors de jouer avec perfection ces héroïnes.

    Cette nouvelle permet également d’avoir un aperçu du monde théâtral élisabéthain car Wilde nous fournit beaucoup de détails sur le fonctionnement des théâtres, la manière dont étaient recrutés les acteurs, l’image qu’en avait la société, etc.

    Finalement, nous pourrions résumer Le portrait de Mr W. H. comme une nouvelle portant une enquête littéraire servant elle-même d’écrin à un essai sur la poésie et le théâtre élisabéthain, et sur l’art en général.

    Citations

    En Willie Hughes Shakespeare trouva non seulement un instrument d’une extraordinaire finesse pour la présentation de son art, mais aussi l’incarnation visible de son idéal de beauté, et il n’est pas exagéré de dire qu’envers de jeune comédien, dont les ternes chroniqueurs du temps oublièrent de citer même le nom, le mouvement romantique dans la littérature anglaise a une dette considérable.
    C’était une impression de ce genre que les Sonnets de Shakespeare avaient indubitablement produite sur moi. À mesure que, depuis les aubes couleur d’opale jusqu’aux couchants de rose fanée, je les lisais et les relisais au jardin ou dans ma chambre, j’avais le sentiment de déchiffrer l’histoire d’une vie qui avait jadis été la mienne, de dérouler la relation d’un roman d’amour qui, sans que j’en fusse conscient, avait coloré la texture même de ma nature, l’avait teinte de teintures étranges et subtiles.
    Le corps d’ivoire de l’esclave de Bithynie pourrit dans le limon vert du Nil, et c’est sur les collines jaunes du Céramique qu’ont été répandues les cendres du jeune Athénien ; mais Antinoüs vit dans la sculpture, et Charmide dans la philosophie.

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